Mon exercice libéral – Mon exercice salarié

Comme vous le savez, je répartis ma semaine d’orthophoniste entre 2 lieux : je travaille dans mon cabinet du lundi au jeudi, et dans un IME le vendredi. Je vous explique aujourd’hui les différences principales entre ces 2 modes d’exercice, et la façon dont j’aborde les prises en charge avec les personnes avec autisme. Encore une fois, il s’agit de MON mode de fonctionnement, qui me convient, mais ne convient pas forcément à tout le monde ;)

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Au cabinet, je reçois une majorité d’enfants et d’adolescents porteurs d’autisme. En ce moment, mais cela varie, j’ai 30 consultations avec des personnes autistes sur mes 64 rendez-vous hebdomadaires. Mes autres prises en charge concernent des enfants et adolescents présentant une déficience intellectuelle, une surdité, des troubles du langage oral, écrit ou du raisonnement logico-mathématique sans handicap associé et des adultes souffrant de pathologies neurologiques ayant des conséquences sur la communication.

En ce qui concerne mes séances avec des personnes autistes, je les reçois 30 minutes ou une heure, pour 1 ou 2 séances hebdomadaires, selon leurs disponibilités, leur éloignement géographique et nos objectifs de prise en charge. Je les reçois le plus souvent avec la personne qui les accompagne (voir cet article). Si ce n’est pas le cas, j’explique rapidement comment s’est passée la séance ensuite. Je corresponds également beaucoup par mail ou par téléphone avec les intervenants de l’enfant ou de l’adolescent (parents, psychologue, accompagnants) pour constituer un projet cohérent. Nous décidons ensemble des orientations et évolutions que nous souhaitons effectuer auprès de l’enfant ou adolescent.

Les objectifs sont détaillés grâce au bilan orthophonique, effectué en début de prise en charge, puis à nouveau toutes les 50 séances, selon la nomenclature, afin de quantifier les progrès et de réactualiser les axes de travail.

J’utilise le système PECS, les signes et pictogrammes Makaton, la méthode TEACCH et l’ABA, en adaptant les stratégies d’apprentissage à mon patient. Je pars préférentiellement des intérêts de la personne, pour susciter la communication et la faire évoluer. Je travaille principalement sur des supports ludiques avec les enfants, avec lesquels de nombreuses compétences et fonctions de communication peuvent être abordées.

J’essaie d’assister le plus possible aux réunions d’ESS et de PPS à l’école, notamment quand l’orientation doit être décidée ou que la scolarisation est remise en question.

Dans mes nombreux projets en libéral, j’aimerais animer des formations dans les écoles accueillant des enfants porteurs d’autisme, proposer des groupes d’habiletés sociales avec une amie psychologue pour des enfants de différents niveaux, travailler avec les fratries d’enfants porteurs d’autisme pour leur apprendre à jouer ensemble… Bref beaucoup d’idées mais jamais assez de temps !

bureau ortho

A l’IME, nous accueillons 26 jeunes de 3 à 18 ans, tous présentant des troubles du spectre autistique. Mon intervention y est très différente du libéral, et c’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi d’y travailler. Je ne fais pas de séance individuelle, seule avec le jeune dans mon bureau. J’ai pris ce parti à mon arrivée dans la structure. J’ai la chance que la chef de service m’ait laissé gérer comme je le voulais, car l’orthophoniste précédente effectuait seulement des séances individuelles et l’équipe était habituée à ce mode de fonctionnement.

J’ai pensé qu’une guidance de l’ensemble de l’équipe dans le domaine de la communication serait davantage appropriée et judicieuse. En effet, le fait que dans une structure l’orthophoniste effectue des séances individuelles a parfois comme conséquence que l’équipe se « décharge » du domaine de la communication sur l’orthophoniste. Mais une communication fonctionnelle ne se travaille pas avec une seule personne dans un seul lieu, et si l’on veut généraliser les compétences de communication il est indispensable que toute l’équipe intervienne de la même façon autour de l’enfant. Par exemple, le PECS ne se met pas en place avec l’orthophoniste seule. L’objectif pour le jeune n’est pas qu’il communique avec l’orthophoniste, mais qu’il communique avec tout son entourage.

Mon intervention se traduit donc de plusieurs façons :

– j’évalue si besoin les capacités communicationnelles des jeunes, à leur arrivée ou au cours de leur prise en charge, à l’aide d’outils standardisés et d’observations cliniques ;

– je préviens et propose des solutions aux difficultés de communication des jeunes, en partenariat avec l’équipe éducative et le psychologue. Je suis garante des orientations proposées aux jeunes dans le domaine de la communication, qu’elle soit verbale ou fasse intervenir des aides (images, pictogrammes, signes) ;

– je propose et anime des activités de groupe avec un éducateur, en en précisant les objectifs, les moyens et les jeunes concernés. Cette année, je fais une activité « communication » où 2 groupes de 2 jeunes jouent ensemble en se faisant des demandes (2 jeunes signent et 2 jeunes utilisent l’échange d’images), pour faire des encastrements, des puzzles, des lotos, etc. L’adulte est là pour les guider mais l’objectif est l’interaction entre les 2 jeunes et la communication fonctionnelle autour du jeu. Je fais également une activité « théâtre/habiletés sociales » avec des adolescents qui peuvent s’exprimer verbalement : travail des émotions, de la prosodie, interprétation de petites scènes de la vie quotidienne (à la boulangerie, au restaurant, chez le médecin, dans le bus), etc.

– je guide les aspects de communication au sein des activités proposées aux jeunes dans la structure. Nous avons au sein de l’IME de nombreuses activités différentes travaillant la communication : tour de rôle, imitation, pré-requis, jeux interactifs, demande PECS, socialisation, langage… Je suis à la disposition de l’équipe pour leur donner des pistes de travail et adapter l’activité aux jeunes. Les éducateurs se filment pendant la semaine, et je visionne les vidéos le jour où je suis présente pour donner mon avis.

– je participe aux réflexions sur la communication expressive et réceptive pour les temps plus informels dans la structure : repas, transitions, sorties. J’encadre notamment un mémoire d’orthophonie sur l’amélioration des supports visuels de communication pendant le temps du repas.

– je guide l’équipe dans la production des supports augmentatifs de communication : quand passer à la phase suivante du PECS ? que mettre en premier dans un classeur de communication ? comment faire évoluer un classeur quand l’enfant commence à faire des demandes spontanées ?

– j’assure des présentations et exposés à l’équipe afin de lui fournir des connaissances théoriques communes et d’engager des réflexions et des ouvertures autour de la communication ;

– je participe aux réunions d’équipe et aux synthèses quand elles ont lieu pendant mon jour de présence.

Mon travail s’effectue en lien constant avec l’équipe éducative et thérapeutique, dans un souci d’échange de pratiques et de transdisciplinarité. L’objectif est de constituer un projet cohérent et suivi par tous, pour chacun des jeunes, et dans l’ensemble de la structure.

Ces 2 modes d’exercice sont donc très différents. Pour moi ils sont complémentaires, et je n’envisage plus ma pratique sans cet exercice mixte.

En libéral : j’aime le contact direct avec les patients, le fait de gérer seule, de faire de la guidance parentale. J’aime moins l’amplitude horaire importante de mes journées, le travail qu’il reste en dehors des séances (contacts mail ou téléphone, réunions, préparation de séances, administratif…).

A l’IME : j’aime former les équipes, superviser les projets dans le domaine de la communication, travailler avec des éducateurs, psychologues, psychomotricienne, pouvoir échanger avec les collègues toute la journée, animer des activités à plusieurs, observer les jeunes dans tous les moments de la journée. J’aime moins être frustrée car je n’y suis qu’une journée alors que l’équipe est là toute la semaine, me plier au fonctionnement d’une structure, et la faible reconnaissance au niveau de la rémunération.

Et vous ? Comment travaillez-vous ?

11 Commentaires

  • Magali
    9 septembre 2013 - 13 h 56 min | Permalien

    En IME….. mais sans aucune formation aux méthodes de communication alternatives pour le moment… mon truc à moi, ce sont les troubles du raisonnement logico-mathématique. Je vais donc partir de ce que je sais faire, apporter ma touche personnelle, et espérer une formation complémentaire!

    • admin
      24 septembre 2013 - 9 h 40 min | Permalien

      N’hésitez pas si vous avez besoin de pistes !

    • gonzalez
      9 février 2016 - 16 h 15 min | Permalien

      Bonjour,
      j’aimerais en savoir un peu plus sur l’organisation de vos deux groupes « communication » et « habiletés sociales » si ça ne vous dérange pas. Comment cela s’organise, vous travaillez avec planning ( dans un premier temps, apprentissage d’une notion pédagogique( tour de role etc) puis mise en application puis temps jeux et ou collation?)

  • Pingback: Autisme et orthophonie » Les activités de groupe avec des enfants et adolescents autistes

  • vulpian
    13 septembre 2015 - 13 h 50 min | Permalien

    Bonjour,
    Je suis en train de parcourir tout ton blog Charlotte, merci pour ce partage !
    Pour ma part je travaille en libéral avec une population assez variée et j’interviens deux matinées par semaine dans un IME (à titre libéral) et deux débuts d’après-midi dans une MAS. Je me sens particulièrement frustrée lors de mes déplacements puisque, n’étant pas salariée, je ne peux pas prendre le temps de discuter avec les équipes comme il le faudrait..
    En IME, je patauge encore beaucoup pour le moment ! Je suis formée MAKATON et vais bientôt bénéficier d’une formation PECS par l’intermédiaire de la MAS. Cependant, j’ai beaucoup de mal à introduire ces modes de communication…
    Je rencontre également beaucoup de difficultés avec les enfants ayant des troubles du comportements qui rendent difficiles la prise en charge ( enfants qui tapent, qui crachent ou qui tournent sur eux-mêmes de longs moments).

    • admin
      13 septembre 2015 - 21 h 28 min | Permalien

      c’est un peu compliqué de te donner des réponses précises et rapides vu les situations que tu rencontres. N’hésite pas à me contacter par le formulaire de contact ce sera plus simple !

  • Servane
    9 mars 2016 - 21 h 45 min | Permalien

    Bonjour

    Je suis orthophoniste en libéral, où je reçois un public assez varié (langage oral, parole, logico-maths, langage écrit aussi et quelques adultes…). Toutefois, j’affectionne particulièrement les prises en charges précoces des enfants porteurs de handicap ou enfant sans langage, le travail d’accompagnement parental, de prévention. Je travaille en lien avec sessad et camsp, hôpital de jour… et j’interviens également dans une institution avec des adultes déficients intellectuels (et moteurs parfois). Ce public est très varié, avec des possibilités de travail très très riches. je me tourne ainsi depuis qqs temps vers les formations et les lectures / recherches concernant l’oralité, le handicap, la communication de type CAA, l’autisme ou handicap mental (T21 et autres), et… j’ouvre une porte sur un univers gigantesque où j’ai tellement de choses à apprendre! C’est passionnant mais je me sens parfois dans la jungle!

    Donc MERCI pour ce super blog!! Je lis aussi le magazine Déclic et je regarde les sites comme Hop toys et Yapaka qui est une mine formidable (si vous ne connaissez pas allez voir!!).

    J’ai une question :
    Je pensais me plonger dans la découverte et l’utilisation du COMVOOR mais vous n’en aprlez pas je crois sur ce blog… pourquoi? Avez vous un avis sur ce test? Si oui lequel? Pourriez-vous m’en dire plus SVP? Merci de votre aide!!

    PS : je pense que je vous ai vue et entendue au colloque autismes à Dijon l’an dernier (organisé par pluradys)?

    • admin
      10 mars 2016 - 17 h 31 min | Permalien

      Bonjour Servane, je connais le COMVOOR mais ne le trouve pas pertinent, donc je ne l’utilise pas ! Je préfère tester les supports visuels en situation, car je trouve que la compréhension de ces supports visuels varie selon la motivation, le moment, donc je m’adapte.

  • Servane
    11 mars 2016 - 22 h 06 min | Permalien

    Merci pour la réponse.
    Vous utilisez « essential for living » pour connaître quel mode de CAA est adapté? Ou vous faites sans cadre puisque vous avez de l’expérience et des compétences qui le permettent?
    Merci encore. Servane

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