L’orthophonie dans la prise en charge des patients avec TED

Dans les prises en charge d’enfants avec TED, l’orthophoniste est souvent l’un des professionnels de l’équipe thérapeutique, pédagogique et éducative intervenant auprès de l’enfant : psychologue, psychomotricien, intervenant à domicile, parents, AVS, enseignant, ergothérapeute, pédopsychiatre…

L’orthophoniste est le professionnel dont le champ de compétences couvre la communication et l’oralité. Il devrait donc être le référent pour les décisions concernant ces domaines, qui sont ses domaines d’expertise, comme la psychomotricité est celui du psychomotricien, l’enseignement scolaire celui de l’enseignant…

Lorsque les parents consultent un orthophoniste pour la première fois, celui-ci effectue un bilan des capacités de communication de l’enfant, et détermine les objectifs de la prise en charge. Les objectifs de l’orthophoniste sont élaborés le plus possible en accord avec les objectifs des parents, mais parfois ils sont contradictoires, et c’est l’orthophoniste, en se référant à ses connaissances sur le développement normal du langage, qui pourra cibler et expliquer la progression attendue. Par exemple, les parents ont parfois des exigences sur l’articulation, alors que l’enfant ne dit que quelques mots, et que la priorité est donc de développer l’oralisation avant la précision de l’articulation. Ou des exigences sur l’oralisation, alors que l’enfant, malgré une prise en charge adaptée depuis suffisamment de temps, ne produit pas encore de sons ; il faudra donc certainement dans ce cas mettre en place un moyen de communication alternatif, au moins de façon temporaire.

Il y a des étapes à respecter lorsque le langage se met en place et se construit. Selon la théorie des opérants verbaux, qui est proche du développement normal du langage, ce sont d’abord les demandes qui sont travaillées. Un enfant ne produira pas d’intraverbaux, c’est-à-dire des réponses à des questions sans supports visuels (« qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui à l’école ? », « comment s’appelle ton frère ? »,…) s’il n’est pas capable de demander un gâteau quand il a faim et que le gâteau est devant lui.

Avec les objectifs, l’orthophoniste détermine les moyens qu’il va utiliser, les outils qui sont les plus adaptés à son patient. Il est indispensable d’avoir à sa disposition plusieurs outils, pour choisir ceux qui correspondent à la problématique du patient à un moment donné. Souvent, les parents demandent au moment de la prise de rendez-vous si nous utilisons tel ou tel outils (classiquement, le PECS®, le Makaton, l’ABA…). Mais ces outils ne seront pas forcément adaptés à leurs enfants. C’est l’orthophoniste, en fonction de son évaluation précise et fonctionnelle de la communication, qui pourra décider de l’outil à utiliser.

Les moyens doivent être le plus possible écologiques et fonctionnels, adaptables à tous les milieux de vie de l’enfant (maison, école, centre de loisirs…). L’objectif est la communication fonctionnelle, et non la communication avec l’orthophoniste. Cela signifie que si, dans les milieux de vie de l’enfant, personne n’a la possibilité de se former aux signes, on ne les mettra pas en place comme moyen de communication alternatif. Idem avec l’échange d’images. L’apprentissage d’un moyen de communication ne se fait pas qu’auprès de l’enfant, mais auprès de tous ses proches.

Voici les outils à posséder qui me semblent indispensables lorsque l’on veut prendre en charge des patients porteurs de TED, afin de pouvoir disposer d’un choix dans les moyens à proposer :

  • formations complémentaires : PECS®(Picture Exchange Communication System)Makaton, oralité, premiers raisonnements
  • notions de base en : ABA (Applied Behavioral Analysis), TEACCH (Treatment and Education of Autistic and related Communication Handicapped Children)
  • connaissances théoriques sur les TED : avancées de la recherche, recommandations HAS

Ces outils sont bien sûr à adapter en fonction de chaque patient. Malgré ce qui est dit en formation, où des techniques « rigoureuses » et exclusives peuvent être enseignées, il me semble important de garder du recul, et de pouvoir aménager selon nos objectifs et nos patients.

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