Les stratégies de renforcement

  • Qu’est-ce que le renforcement ?

Comme expliqué dans cet article, l’analyse appliquée du comportement est une science. A ce titre, nous y sommes tous soumis.

Personnellement, j’adore mon travail, mais j’avoue que s’il ne me permettait pas de vivre, je ne travaillerais peut-être pas. Et vous ? Le salaire est considéré à ce titre comme un renforçateur, car il permet au comportement «aller travailler» de se maintenir jour après jour.

Un comportement qui est suivi d’une conséquence positive va se maintenir, voire devenir plus fréquent, alors qu’un comportement qui est suivi d’une conséquence négative va devenir moins fréquent. Le renforcement est cette « conséquence positive », qui va faire en sorte qu’un comportement se maintienne voire augmente en fréquence. On dit qu’un comportement a été « renforcé » quand on l’a fait suivre d’une conséquence agréable, et que l’on voit sa fréquence augmenter.

La différence entre les adultes et les enfants ou les personnes autistes est que nous pouvons nous contenter de renforçateurs abstraits (notre salaire peut être viré directement sur notre compte sans voir les billets) et différés (seulement donné à la fin du mois, alors que nous allons travailler tous les jours) tandis que les jeunes enfants et les personnes autistes, surtout de bas niveau, ont besoin de renforçateurs concrets et immédiats.

Pour qu’un comportement ou une compétence se maintienne ou apparaisse, on utilise donc des stratégies de renforcement.

  • Les différents types de renforcement 

Il en existe 2 types : le renforcement positif, avec lequel on obtient quelque chose d’agréable (des félicitations, un salaire, un bisou, un jeu, un compliment) et le renforcement négatif grâce auquel on nous retire quelque chose de désagréable (une douleur qui s’arrête, une pause dans une activité difficile, des vacances).

On distingue 4 types de renforçateurs positifs :

les renforçateurs primaires : ils concernent les besoins basiques comme le confort ou la nourriture. Ils sont intéressants à utiliser notamment avec les personnes de bas niveau développemental. Ils peuvent permettre d’amorcer des comportements, et on s’en défait progressivement.

les renforçateurs secondaires : ce sont des activités, des jeux, des dessins animés, de la musique, des objets. Ils ne sont pas liés à la survie.

les renforçateurs sociaux : il s’agit des des contacts physiques (bisou, câlin, caresse), de la proximité et des rapports verbaux (félicitations, encouragements)

les renforçateurs intermédiaires : ce sont par exemple des jetons dans le cadre d’un contrat visuel. Les jetons ne sont pas intéressants seuls, mais parce qu’ils permettent de s’approcher de l’objet/activité convoité.

Un petit mot particulier sur les renforçateurs primaires : il ne s’agit pas de récompenser les personnes avec de la nourriture comme on dresserait un animal. Seulement parfois, et notamment avec les personnes de bas niveau qui ne sont pas sensibles aux objets, aux personnes, aux activités proposées, ces renforçateurs peuvent être les seuls qui sont intéressants pour elles et qui permettent de leur faire acquérir des comportements adaptés et des compétences. Ils sont :

– à donner en petite quantité : il ne s’agit pas bien sûr de donner un paquet de gâteaux entier à chaque petite consigne effectuée. Ce sera par exemple une chips coupée en 6, une pépite de chocolat…

– à varier pour éviter, comme avec les autres renforçateurs, l’effet de satiété

– à donner immédiatement pour que la personne comprenne que cette récompense est la conséquence du comportement précédent

– à coupler absolument avec un autre renforçateur, par exemple social. Ainsi on peut diminuer progressivement le renforçateur alimentaire pour ne garder ensuite que des félicitations

– à utiliser avec comme objectif de diversifier les centres d’intérêt de la personne, et de s’en détacher progressivement si c’est possible

jouet croco

  • La hiérarchie des renforçateurs

Elle est à effectuer souvent, pour être sûr que les renforçateurs proposés correspondent bien à la personne avec qui l’on travaille, à ce moment précis. Les renforçateurs sont à varier souvent, y compris au cours d’une même séance de travail. Ils sont individualisés, et appropriés à l’âge et aux intérêts de la personne.

L’évaluation des renforçateurs se fait à tout moment. Elle peut être effectuée :

– à l’aide de questionnaires soumis à la famille ou d’interviews dirigés (qu’est-ce que votre enfant aime faire, manger, boire, vers quels objets/activités se dirige-t-il le plus souvent ?)

– par une observation directe : on regarde ce vers quoi se dirige spontanément la personne quand on lui présente par exemple une caisse de jeux

– par la méthode de l’échantillonnage à choix forcé : on présente 5 éléments sur un plateau, et on fait choisir à la personne ce qu’elle veut. On présente 3 fois ces 5 mêmes éléments en faisant varier leurs places. On retire ensuite l’objet préféré n°1, choisi 3 fois, et on poursuit avec les 4 éléments restants. On obtient ainsi une hiérarchie d’éléments, sur lesquels on peut jouer pour travailler des tâches plus ou moins difficiles (on donnera le renforçateur le plus puissant pour une tâche difficile réussie).

  • Exemples de renforçateurs

Il existe des inventaires de renforçateurs, à télécharger ici, ici et ici.

  • La mise en place et l’estompage des renforçateurs

Quand on commence à enseigner un nouveau comportement ou une nouvelle tâche, on donne un renforçateur qui doit être immédiat, fréquent et puissant.

Puis à mesure que la tâche devient maîtrisée, on diminue la puissance et la fréquence du renforçateur. Par exemple on ne le donne que 4 fois sur 5, de façon aléatoire (pas toujours 4 fois le renforçateur et une fois pas de renforçateur, pour éviter l’anticipation et la diminution du comportement cible).

On peut également, si le niveau de compréhension le permet, mettre en place un contrat visuel (ou économie de jetons) pour différer le renforçateur.

On fait attention à ne pas estomper trop rapidement, sinon le comportement risque de disparaître faute d’être suffisamment renforcé. L’équilibre entre le coût (physique ou cognitif) de la tâche et son bénéfice doit être respecté.

L’évaluation à l’aide de grilles est importante pour déterminer le moment où l’on peut commencer à estomper les renforçateurs, et la progression de l’estompage.

L’estompage des renforçateurs demande d’autant plus de vigilance qu’elle est souvent couplée à l’estompage de la guidance.

Et vous ? Comment gérez-vous les renforçateurs ?

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