Les guidances

Face à un patient qui ne peut réussir seul la tâche que nous lui proposons, nous utilisons des guidances. Il me paraît important de définir ici les différents types de guidances que nous avons à notre disposition, pour nous permettre de nous adapter le mieux possible au patient et à la situation.

Nous gardons à l’esprit la notion de Zone Proximale du Développement mise en évidence par Vygotski, qui décrit l’espace entre les tâches que l’enfant peut réaliser seul et celles qu’il ne peut réaliser qu’avec l’aide d’une personne plus avancée dans ce domaine. Nous situons notre intervention dans cette zone pour permettre au patient de dépasser ses compétences actuelles grâce à une activité conjointe et des guidances, desquelles nous nous détachons progressivement pour lui laisser faire seul. Nous lui permettons l’intériorisation des procédures acquises dans l’interaction et avec les guidances pour qu’il puisse les mettre en oeuvre de façon autonome, et les intégrer dans son développement actuel, avec d’autres supports, dans un autre contexte ou avec d’autres personnes.

  • Qu’est ce que la guidance ?

La guidance insuffle le comportement attendu, elle aide à l’enseigner, et évite la recherche par essai-erreur : il s’agit d’enseigner le bon comportement par un apprentissage sans erreur. Elle permet de faire apparaître un comportement qui n’apparaîtrait pas sans elle.

Dans l’apprentissage du PECS par exemple, la phase I qui concerne la spontanéité de l’échange est indissociable de la guidance : nous n’enseignons pas verbalement à l’enfant qu’il doit donner une image pour obtenir un objet. C’est le facilitateur physique qui guide la main vers l’image puis vers l’interlocuteur, et le comportement est renforcé par l’obtention de l’objet voulu. Cette guidance est retirée progressivement en partant de la fin. L’objectif est que l’enfant donne ensuite seul et spontanément l’image de ce qu’il veut. L’utilisation de la guidance peut être indispensable à l’inscription de ce comportement dans le répertoire de l’enfant.

  • Les différents types de guidances

Il existe 5 types de guidance, les voici de la plus partielle à la plus complète. Nous prenons l’exemple de la consigne d’un encastrement : mettre la pièce dans l’emplacement qui correspond.

* la guidance verbale : Il s’agit de décrire verbalement ce que nous attendons, de donner des exemples, d’éclaircir nos propos, d’expliquer d’une manière différente. Nous utilisons beaucoup (voire trop ?) ce type de guidance, parfois sans même nous en rendre compte. Les personnes avec autisme ont des difficultés de compréhension verbale, en lien avec les problèmes d’intégration des stimuli auditifs. Lorsque nous utilisons trop de guidance verbale, il arrive qu’au lieu de les aider, nous les noyions sous un flot d’informations peu compréhensibles pour elles : elles font alors plus d’efforts pour essayer de comprendre notre guidance que pour essayer de réussir la tâche, ce qui a souvent pour conséquence que nous renforçons notre guidance verbale, etc.

Dans notre exemple de l’encastrement, cette guidance correspond à : « mets la pièce à sa place », « regarde bien partout », « mettre au bon endroit », « regarde la forme, « ça va où ça ? »…

* la guidance visuelle : elle concerne l’utilisation de pictogrammes de consignes, de chaînages (en images, pictogrammes ou mots écrits) pour guider une suite d’étapes ou d’actions.

Dans notre exemple de l’encastrement, cette guidance correspond à : montrer un picto « chercher », « mettre », « poser », voire une séquence « je prends la pièce, je cherche pareil, je pose, je prends une nouvelle pièce… », ou faire les signes correspondants.

* la guidance gestuelle : c’est par exemple le pointage de l’image attendue en désignation, de la pièce de puzzle à poser, de l’objet à utiliser, de la personne à aller voir.

Dans notre exemple de l’encastrement, cette guidance correspond à : pointer l’emplacement correct, montrer la forme de la pièce ou de l’emplacement…

* la guidance par modelage : il s’agit de la démonstration du comportement attendu, que la personne devra ensuite imiter. Par exemple la réalisation d’une action demandée, d’un geste graphique, d’un comportement à adopter.

Dans notre exemple de l’encastrement, cette guidance correspond à : nous prenons la pièce, la mettons à sa place et donnons ensuite la pièce à l’enfant.

* la guidance physique : c’est la forme de guidance la plus complète et intrusive, il s’agit d’effectuer le geste en main sur main pour enseigner l’action à exécuter.

Dans notre exemple de l’encastrement, cette guidance correspond à : mettre notre main sur la main de l’enfant et lui faire enchaîner les étapes « prendre la pièce, la mettre à sa place, prendre une autre pièce… ».

Nous pouvons bien sûr utiliser plusieurs types de guidances simultanément, et de façon plus ou moins importante.

  • La mise en place de la guidance

On peut mettre en place une guidance de 2 façons différentes :

– soit on commence par une guidance importante pour que la tâche soit réussie, pour éviter de mettre en échec le patient et lui montrer comment réussir. Dans ce cas on diminue progressivement la guidance, en l’atténuant en partant du début ou de la fin (enchaînement avant ou arrière).

– soit on voit comment le patient peut effectuer la tâche seul seul, s’il ne réussit pas complètement on met en place une guidance a minima, que l’on augmente progressivement si la tâche n’est toujours pas réussie.

On essaie de privilégier des guidances naturelles qui s’adaptent facilement à la situation. Par exemple, pour acquérir la compétence « s’habiller seul », on peut simplement disposer les vêtements dans l’ordre sur le lit ou la chaise (culotte, T-shirt, pantalon, pull, chaussettes par exemple) sans ajouter des pictogrammes qui nécessiteront des allers-retours pictos/vêtements non naturels.

  • L’estompage de la guidance

Dans le cas où l’on commence par une guidance importante pour éviter l’échec, il faut penser à l’estompage avant même de commencer à mettre en place les guidances. En effet, la guidance est destinée à être temporaire, il faut donc réfléchir en amont à la façon dont nous allons pouvoir la/les retirer progressivement. L’objectif final est bien que le comportement se poursuive/que la tâche soit toujours réussie sans guidance, dans toutes les situations fonctionnelles et naturelles.

On réduit peu à peu l’intensité de la guidance, sa fréquence, la force selon la situation. Par exemple :

– guidance physique complète avec guidance verbale

– guidance physique retirée en partant de la fin de l’action, guidance verbale maintenue

– guidance verbale seule

– diminution de la guidance verbale, toutes les 2 ou 3 activités

– disparition de la guidance et activité réussie

A la prochaine consigne identique, on utilisera par exemple seulement une guidance gestuelle, et on l’estompera rapidement.

L’estompage dépend bien sûr de la difficulté de la compétence/du comportement à acquérir et du niveau de départ du patient.

Si la compétence est acquise en travail individuel, on commence à la travailler en situation plus naturelle, sans forcément d’accompagnement 1 pour 1, afin de la généraliser.

L’estompage des guidances demande d’autant plus de vigilance qu’elle est souvent couplée à l’estompage des renforçateurs.

Et vous ? Comment gérez-vous les guidances ?

Laisser un commentaire