Les groupes d’interactions sociales

En 2014-2015, j’ai animé des groupes d’interactions sociales. Je viens vous faire un retour sur cette expérience très enrichissante.

J’ai été formée à la prise en charge de groupes d’enfants avec TSA par Caroline Peters au cours de la formation de base de 2 ans que j’ai suivie. J’ai également participé à la formation avancée de 2 jours sur le thèmes des compétences sociales plus spécifiquement. J’ai vu beaucoup de vidéos et reçu plein d’idées d’activités pendant ces formations, que j’ai pu mettre en pratique, toujours dans le cadre de l’approche comportementale.

  • Les groupes

J’ai constitué 4 groupes le plus homogènes possible :

– au niveau de leur communication : utilisation d’une CAA ou enfants verbaux, sachant exprimer des demandes, et/ou des commentaires, et/ou répondre à des questions

– au niveau de leurs compétences sociales acquises et des compétences déficitaires à travailler

– au niveau de leur intégration scolaire : afin de leur proposer des activités fonctionnelles et des jeux auxquels ils auraient l’occasion de jouer à nouveau à l’école.

– au niveau de leur âge

J’ai aussi voulu faire des groupes avec des profils complémentaires, car je savais que certains enfants pouvaient être moteurs pour d’autres. Par exemple, dans un groupe, il y avait un enfant qui utilisait le PECS et commençait à oraliser, et un autre qui oralisait déjà et n’avait pas d’outil de CAA.

Cela peut paraître contradictoire, mais j’avais pour chaque enfant des objectifs précis en tête. Ce sont des enfants que je suivais également en séances individuelles, ou qui étaient suivis par ma collègue qui avait pu m’indiquer leur profil et leurs besoins.

groupe 1 : 4 garçons âgés de 6 à 9 ans

groupe 2 : 3 garçons et une fille âgés de 10 à 13 ans

groupe 3 : 3 garçons et une fille âgés de 5 à 8 ans

groupe 4 : 2 garçons âgés de 3 et 4 ans

La constitution des groupes n’a pas été évidente, je n’ai malheureusement pas pu proposer à tous les parents qui étaient demandeurs, faute de pouvoir intégrer leur enfant à un groupe homogène.

  • Les objectifs

Objectifs communs

L’approche commune pour les 4 groupes était une approche comportementale (façonner les comportements cibles, renforcer ceux qui apparaissent spontanément, guider de préférence non verbalement) et non cognitive (enseigner de manière didactique les habiletés sociales). L’idée était donc de susciter des interactions spontanées entre les enfants, et de renforcer ces interactions de manière spécifique à chacun. Nous sommes beaucoup parties de la motivation des enfants, au moins de  l’un d’entre eux, qui proposait une activité aux autres, et nous avons renforcé davantage les comportements spontanés que les comportements guidés.

Objectifs par groupes

Les niveaux et les âges étant différents, nous avions des objectifs différents selon les groupes, et avons choisi les activités en conséquence.

groupe 1 : se faire des demandes, commenter spontanément, jouer ensemble, poser et répondre aux questions de l’autre (début de conversation), tenir compte des autres, argumenter…

groupe 2 : converser, argumenter, défendre son point de vue, fêter un anniversaire, lancer des sujets de conversation, raconter des événements personnels…

groupe 3 : jouer ensemble, se regarder, s’imiter spontanément, se faire des demandes, faire des commentaires, jouer au parc…

groupe 4 : pouvoir jouer côte à côte puis ensemble, se regarder, s’imiter spontanément, se faire des demandes, jouer au parc…

  • Les activités

Nous avons effectué les séances au cabinet et à l’extérieur. En l’absence de mon associée, nous disposions du cabinet entier (2 grands bureaux, la salle d’attente, la cuisine, la salle de bains), et nous avons la chance d’avoir un parc et une boulangerie juste en face. Le personnel de la boulangerie connaît certains des enfants et a été sensibilisé au travail que nous menions. Tous les enfants (sauf 1) connaissaient le cabinet et donc les jeux qu’ils pouvaient choisir libremeent.

Les activités effectuées ont été :

– encastrements, lotos : pour effectuer des demandes. Un enfant a le support de l’encastrement ou la planche de loto et demande à l’autre les éléments.

– puzzles : pour travailler le tour de rôle (mettre une pièce de puzzle chacun son tour)

– comptines : imitation motrice des gestes, imitation vocale

– playmobils : jeux, commentaires, demandes

– pâte à modeler

– ipad : jouer ensemble, faire des commentaires, poser des questions

-…

Pour les sorties au parc, nous avons surtout travaillé :

– se tenir la main

– ouvrir les portes et les tenir pour les autres

– suivre un adulte dans la rue, ou se repérer pour y aller seuls

– commenter sur les éléments autour de soi

– jouer de façon adaptée à la balançoire, au toboggan et dans le sable

– regarder les autres et les imiter

– prendre des initiatives

Pour les sorties à la boulangerie, nous avions préparé à l’avance avec un jeu de rôles au cabinet (avec de vrais aliments dans le magasin, et les pièces en euros en plastique de chez Nathan). Cela nous a permis de travailler :

– les routines sociales : bonjour, s’il vous plaît, merci

– la succession des comportements pour acheter : faire un choix, donner son argent, attendre sa monnaie…

– la demande adaptée : intensité de la voix par exemple

– le regard

– les conversations : nous avions la possibilité de nous attabler pour manger ce que nous avions acheté, et donc de converser en mangeant

– les commentaires spontanés sur ce que les autres ont choisi, si on aime ce que l’on mange…

  • Le cadre

Les séances de groupe duraient une heure. La fréquence était d’une fois toutes les 2 semaines environ, le samedi, hors vacances scolaires. Nous avons fait 16 séances de septembre à juin. Une stagiaire en dernière année animait ces groupes avec moi et en a fait son mémoire (merci encore Camille, tu as été top !).

  • Mon retour

Ces groupes ont été vraiment très intéressants à mener, pour plusieurs raisons :

– les études publiées au sujet des séances de groupes concernent presqu’exclusivement des patients avec TSA de haut niveau, sans déficience, sans troubles du comportement, avec un bon niveau de langage, et souvent adolescents ou adultes. J’avais vraiment envie de tester les interactions en groupe avec des enfants jeunes, ayant possiblement des troubles du comportement et une déficience, et un niveau de langage déficitaire.

– j’essaie d’orienter mes prises en charge individuelles vers le fonctionnel, et pour ces enfants en difficulté sur le plan des interactions sociales, le plus fonctionnel est bien le groupe d’enfants !

– j’ai pu observer pendant les groupes des éléments que je n’aurais pas vus en séances individuelles, et les difficultés observées m’ont permis d’affiner mes objectifs et l’accompagnement parental

– le fait de voir des enfants que je connaissais individuellement interagir entre eux, apprendre à se connaître, devenir amis était plutôt émouvant. Nous avons pu retirer nos guidances progressivement au cours de l’année, si bien que dans certains groupes les enfants n’avaient plus besoin de nous et interagissaient de façon tout à fait adaptée et avec plaisir.

J’aimerais beaucoup recommencer l’expérience, en mêlant si possible des enfants avec TSA et des enfants neurotypiques.

J’espère que cet article sera le point de départ d’échanges ! Rendez vous dans les commentaires…

3 Commentaires

  • Raphaëlle
    1 avril 2016 - 17 h 32 min | Permalien

    Merci pour cet article, je vais m’en imprégner pour mes séances !

  • Constance
    6 juillet 2016 - 12 h 17 min | Permalien

    Bonjour,
    Quelle est la formation de base que vous avez suivie ?
    Merci !

  • admin
    6 juillet 2016 - 22 h 01 min | Permalien

    la formation de Caroline Peters par aba institut en 2 ans :-)

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