Les activités de groupe avec des enfants et adolescents autistes

Comme je vous l’expliquais dans cet article, à l’IME dans lequel j’interviens un jour par semaine, je ne fais pas de séance individuelle, mais j’anime avec une collègue éducatrice des activités de groupe. Je viens aujourd’hui vous parler de ces groupes, et donner des idées aux orthophonistes qui travaillent en structure.

  • Considérations générales

Le champ de compétence de l’orthophoniste comprend le travail sur les interactions et la communication. Les compétences mises en jeu dans ces domaines sont celles qui sont les plus touchées chez les jeunes porteurs de TED, et font d’ailleurs partie de la triade diagnostique. Il est donc primordial, avant de mettre en place ces groupes, d’avoir une bonne connaissance des TED, qui vous permettra d’établir des objectifs globaux pour l’activité, ainsi que des objectifs individuels pour chaque jeune. La maîtrise des troubles autistiques permet également d’ajuster le niveau d’exigence, de façon à avoir un comportement le plus adapté possible pour encourager la progression des jeunes.

Il me semble important de proposer des activités progressives, avec un cadre qui servira de repère, et un contenu qui pourra évoluer. En effet, en tous cas dans l’établissement où j’interviens, les activités sont mises en place au moins pour une année scolaire, avec une séance d’une heure environ par semaine. L’activité doit donc pouvoir être suffisamment évolutive, les adultes doivent s’adapter aux progrès que vont faire les jeunes sans tomber dans la routine ou la facilité de proposer les mêmes supports toutes les semaines. Par ailleurs, les groupes de 3 à 5 jeunes ne sont jamais parfaitement homogènes, il faut donc également proposer un travail individualisé qui peut s’adapter à la progression particulière de chaque jeune.

Il est intéressant de pouvoir filmer les activités de groupe (et de pouvoir filmer son travail de manière générale) pour plusieurs raisons :

– comparer l’activité entre le début d’année et la fin d’année

– avoir un regard « extérieur » sur son travail

– montrer aux collègues en quoi consiste l’activité et ce qu’y font les jeunes

– permettre à un collègue de prendre le relais en cas d’absence de la personne qui effectue l’activité habituellement

– présenter le travail des jeunes aux parents, par exemple lors des réunions de synthèse, un petit film étant toujours plus parlant qu’un long discours.

Enfin, il est intéressant d’intégrer des supports visuels. Les activités ne sont pas de l' »occupationnel », elles constituent des temps apprentissages individualisés, selon les objectifs réfléchis pour les projets des jeunes. Ces supports visuels doivent donc être également individualisés selon le niveau du jeune. Par exemple, nous faisons des emplois du temps visuels des différentes séquences qui composent l’activité, pour améliorer l’autonomie des jeunes et leur donner un repère temporel structuré.

Voici les activités que j’ai mises en place ou reprises l’année dernière :

  • Activité communication alternative

Il s’agit d’un groupe de 4 jeunes non verbaux, avec 2 jeunes s’exprimant par signes et 2 utilisant un classeur de communication. Il y a donc 2 groupes de 2, avec un adulte sur chaque groupe. Les jeunes sont de part et d’autre d’une table. L’objectif est l’interaction entre les 2 jeunes sans guidance de l’adulte, avec le regard vers l’interlocuteur et la demande adéquate. Ils commencent par se dire bonjour, puis se font des demandes pour obtenir des pièces d’un encastrement, des pièces de puzzle, des formes à empiler. Un jeune a le support de l’encastrement, du puzzle, du loto, le modèle des formes, et l’autre a les pièces de l’encastrement, les pièces de puzzle, les images du loto, les formes. Pour les jeunes utilisant les signes, il peut parfois être utile de montrer les signes avant de débuter l’activité s’ils ne les connaissent pas tous. Pour les jeunes utilisant le classeur, nous prenons en photo les pièces qui vont être demandées. Le travail peut être adapté pour des niveaux de communication variés : vocabulaire simple déjà acquis ou nouveau vocabulaire à introduire, nombre de pièces à demander à faire varier, renforcement des comportements attendus à introduire de façon plus ou moins aléatoire.

Après les demandes autour des supports, nous profitons du moment de la collation pour poursuivre ce travail des demandes : un jeune a l’eau, un autre a les gâteaux, et ils doivent se les demander pour les obtenir. La motivation est souvent plus importante pendant cette séquence !

  • Activité théâtre / habiletés sociales

Cette activité est composée de plusieurs séquences, toutes ne sont pas travaillées à chaque fois et elles évoluent tout au long de l’année en fonction des progrès des jeunes. Là encore, il y a 4 jeunes pour 2 adultes, les jeunes sont verbaux avec des niveaux hétérogènes.

– échauffement : un jeune se porte volontaire ou est désigné pour faire l’échauffement, les autres le regardent et doivent l’imiter. Les jeunes sont debout, leur espace est délimité par un cerceau au sol.

– jeux de rôle : au cours de l’année, les adultes proposent des petites scènes du quotidien, très simples, de 2-3 minutes environ. Nous nous sommes ainsi constitués un « répertoire » de scènes, que nous inscrivons sur une feuille avec un picto pour les non-lecteurs, et que nous proposons aux jeunes pour qu’ils choisissent la scène qu’ils veulent jouer. Ils choisissent également leur partenaire. Pour vous donner une idée du type de scène jouée, nous avons par exemple : le serveur du bar qui accueille et sert son client ; le passager qui monte dans le bus, salue le conducteur, va s’asseoir puis descend ; les jeunes qui vont à MacDonald’s et commandent leur repas au caissier ; les jeunes qui vont à la plage, s’installent sur leurs serviettes, mais il se met à pleuvoir ; le jeune qui se coince les doigts dans la porte de la voiture et va voir l’infirmier. Ces scènes sont inspirées du quotidien des jeunes, nous les mettons en scène avec un peu de matériel. Elles mettent l’accent sur quelques phrases bien construites, l’expression d’émotions de base (douleur, joie, tristesse), les routines de salutation, les interactions entre les jeunes et la prise en compte des autres. Elles peuvent laisser la place à l’improvisation selon le niveau des jeunes. Certains peuvent avoir besoin de guidance : visualisation de la vidéo montrant la scène jouée par les adultes, élaboration d’un scénario écrit, guidance verbale ou physique…

– émotions : à l’aide de supports visuels (pictogrammes Makaton, dessins, photos, imitation) et d’un miroir nous nous entraînons à produire les émotions de base. Nous verbalisons les éléments caractéristiques de chaque émotion, par exemple quand on est en colère on fronce les sourcils, et la bouche est fermée… Progressivement nous arrivons à une petite banque d’émotions que les jeunes peuvent produire : joie, colère, tristesse, peur, douleur, dégoût, ennui. Nous les associons à des phrases (« ouiii j’ai eu un cadeau ! », « oh un serpent ! ») ou des situations que les jeunes ont vécues. Nous travaillons ensuite en appariement situation/émotion ou émotion/situation, avec des supports visuels si besoin. Nous travaillons également avec l’iPad à l’aide des apps : Autimo, Touch and Learn EmotionsABA FlashCards and Games Emotions, Deja VuGrimace, Learn Enjoy Progress et Learn Enjoy Preschool.

– vocalisations : nous nous entraînons à faire varier l’intensité de la voix (fort/faible) grâce à des supports visuels (pictos fort/faible), l’imitation, le feed back (notamment l’app Too Noisy ici en version lite et ici en version pro qui permet de quantifier l’intensité).

  • Autres pistes

Cette année je n’avais mis en place que 2 activités, car je ne suis à l’IME qu’une journée et je voulais être présente pour ces 2 activités. Maintenant qu’elles « roulent », mes collègues éducatrices peuvent les gérer sans que je sois là (mais je continue à les superviser). J’ai donc réfléchi à de nouvelles activités pour la rentrée, qui peuvent vous donner des pistes :

– socialisation « bas niveau » : sortir dans des lieux publics, se comporter de façon adaptée, sans attraper les personnes, …

– socialisation « haut niveau » : aller au café, faire des courses, acheter des timbres, avec un travail préalable sur les conventions sociales et la vie en société

– demandes : pour la mise en place de la communication, avec des renforçateurs spécifiques pour chaque jeune

– communication verbale : sur le modèle de l’activité communication de cette année, mais avec des jeunes verbaux, pour augmenter le vocabulaire et les productions syntaxiques :  jeu de loto, de familles. En visant toujours les interactions entre les jeunes, avec le moins possible d’intervention de l’adulte

– premiers raisonnements : avec le support théorique de la formation PREL de Cogi’Act

– oralité : goûter des saveurs, textures, températures différentes…

Je reviendrai rapidement avec un prochain article vous décrivant les activités que je vais faire et superviser cette année. Je vous partagerai mes fiches d’activité (objectifs, installation, matériel, déroulement de l’activité) et les grilles d’observation que nous remplissons pour chaque jeune selon les objectifs.

N’hésitez pas à laisser un commentaire si vous avez des questions, des remarques, et pour nous faire part de ce que vous avez mis en place ! L’idée est d’échanger sur nos pratiques pour nous enrichir :-)

11 Commentaires

  • Albane PLATEAU - HOLLEVILLE
    10 septembre 2013 - 13 h 11 min | Permalien

    Merci pour cet article de nouveau passionnant. Mènes-tu des groupes à titre libéral? Et si oui, quelles différences trouves-tu avec les groupes réalisés à titre institutionnel?

    • admin
      24 septembre 2013 - 9 h 41 min | Permalien

      Bonjour Albane. Et non toujours pas de groupes en libéral, manque de temps… J’aimerais beaucoup mettre en place des groupes avec des enfants neurotypiques.

  • Caroline G.
    18 septembre 2013 - 8 h 30 min | Permalien

    Merci pour ce nouvel article ! Pour ma part, je travaille à plein temps en institut accueillant des jeunes présentant des TED et handicaps rares. Je défends comme toi l’intérêt des ateliers en groupe, ils permettent de partager les pratiques communicationnelles et sont sources d’émulation pour les jeunes et les professionnels !
    Je co-anime notamment un atelier pour des jeunes non-verbaux, basé sur la méthode verbo-tonale, où nous associons découverte d’un instrument/manipulation puis rythme corporel sur un phonème s’y rapportant. Je souhaite aussi pouvoir filmer mais c’est moins évident…
    Un autre atelier, le « qui dit mieux », aborde les émotions au moyen d’extraits de situations sonores, d’abord évidentes (homme qui se fâche, enfant qui pleure,…) puis plus élaborées (tondeuse pour la peur, eau du bain pour la joie,…) associées à des photos, mimiques et gestes Makaton. Nous évoquons aussi beaucoup les effets physiologiques des émotions (le chaud, le coeur qui bat plus vite,…).
    Un atelier est proposé à des plus petits, sur un mode préverbal d’association de manipulations sensorielles associées à des productions vocales, variation de fréquence, intensité,…
    Et quelques autres encore… Nous tentons de préserver un temps d’écriture après chaque atelier, ce qui nous aide à garder un oeil objectif et faire évoluer l’atelier. Et quelques uns bénéficient même d’un temps de reprise, avec un professionnel tiers, extérieur à l’atelier, en général psychologue.
    Je suis ravie d’échanger avec vous sur toutes ces pratiques. Il me semble que ça me permet de dégager une vraie cohérence et un positionnement plus clair de ma pratique.

    • admin
      24 septembre 2013 - 9 h 43 min | Permalien

      Merci pour ces idées Caroline ! Tout cela m’a l’air très intéressant.

  • 6 novembre 2013 - 7 h 48 min | Permalien

    Bonjour et merci pour ces échanges d’experiences. De mon côté, je tente de mettre en place un atelier d’entrainement a limitation suite a une expérience que j’ai menéel’année dernière auprès d’ado autistes non-verbaux en institution. Cependant l’atelier de 20 minutes etait individuel et malgré les bons résultats obtenus (échelles d’evaluation objectives pré et post entraînement, l’etablissement semble souhaiter un intervention de groupe (problème de coût ), je cherche donc une solution pour ne pas perdre en efficacité et pouvoir proposer qquechose d’acceptable financièrement. Etant educatrice et non ortho, mes séances ne peuvent pas être prises en charge. Si vous avez des idées …

  • Manon
    14 octobre 2014 - 21 h 34 min | Permalien

    Bonjour, je suis très intéressée par votre grille d’observation que vous remplissez à la fin de la séance pour chacun des enfants. J’en cherche une assez complète.. Votre blog est très intéressant, vraie source d’inspiration pour aider les enfants atteints de troubles autistiques.
    Continuez ainsi !

    • admin
      14 octobre 2014 - 21 h 41 min | Permalien

      merci beaucoup Manon ! les grilles sont spécifiques à chaque activité, aux objectifs et aux compétences des jeunes. Vous pouvez me contacter par mail via le formulaire de contact si vous voulez que l’on y réfléchisse ensemble.

  • Mercier
    3 novembre 2015 - 21 h 11 min | Permalien

    Bonjour à vous,
    Nous animons une activité de communication avec 5 jeunes de 12 ans non verbaux ou très peu alors des pathologies psy.
    Serait il possible d’échanger par rapport au travail mené par ma collègue et moi ?
    D avance merci

    Cecilia, éducatrice spécialisée en IME

    • admin
      4 novembre 2015 - 15 h 39 min | Permalien

      Bonjour Cécilia. N’hésitez pas à m’envoyer un mail via le formulaire de contact.

  • MOUMINI
    1 février 2016 - 12 h 46 min | Permalien

    Bonjour, je suis aide-soignante en MAS. Je travaille avec des adultes ayant des TED. Je souhaiterai mettre en place une activité spectacle/musique pour deux residentes dont je suis référente. Je voudrais avoir des avis sur mon projet s’il vous plaît.

    • admin
      1 février 2016 - 13 h 09 min | Permalien

      bonjour, vous pouvez m’envoyer un mail via le formulaire de contact, avec votre projet.

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