Le développement de l’oral grâce aux outils de communication alternative et améliorée

…ou comment les outils de communication alternative et améliorée ne bloquent pas l’accès à l’oralisation mais peuvent le favoriser.

Extrait traduit de l’ouvrage «Essential for Living» de Patrick McGreevy, disponible ici.

«Tous les enfants et adultes avec incapacités qui, après une période de temps raisonnable, n’ont pas atteint les profils 1 ou 2 [profil 1 : interactions avec des mots et répétitions contrôlées de mots ; profil 2 : répétitions contrôlées ou incontrôlées de mots/écholalies], devraient se voir proposer une méthode alternative de communication dès que possible. Beaucoup d’enfants avec des incapacités modérées à sévères, même s’ils ont bénéficié précocément d’interventions intensives incluant l’enseignement des procédures décrites précédemment [pairing, renforcement des demandes orales…], exigeront une méthode de communication alternative toute leur vie.

Que vous soyez un parent, un intervenant ou un thérapeute, il est important de se rappeler que même si vous désirez ardemment que la méthode de communication de l’enfant soit «dire des mots», cela n’arrivera pas simplement parce que vous choisissez cette méthode, que vous répétez les mots encore et encore («dis ballon»), et que vous créez des situations où il faut dire des mots («dis moi ce que tu veux»). Nous connaissons beaucoup de familles et de professionnels qui ont expérimenté cette façon, et le résultat est simplement qu’eux et leurs enfants ont ressenti énormément de frustration et se sont finalement résolus à choisir une méthode alternative.

Il y a une légende tenace selon laquelle les méthodes alternatives, dont les signes et les images, rendent plus difficiles le début de l’oralisation chez les enfants ou les adultes. C’est seulement une légende. La littérature scientifique soutient l’utilisation de méthodes alternatives et suggère que ces méthodes, quand elles sont accompagnées des procédures incluant les procédures décrites dans ce chapitre (Carbone, Lewis et al. 2006 ; Tincani, 2004), entraînent parfois l’émergence de mots oralisés. En réalité, il y a des preuves selon lesquelles enseigner une méthode de communication non orale mènerait à davantage de communication orale qu’un enseignement de communication orale direct.

Note aux parents : Quand les intervenants qui utilisent ce manuel suggèrent comme mode de communication principal une méthode alternative pour votre enfant, cela ne signifie pas qu’ils abandonnent l’oralisation comme mode potentiel principal. Cela signifie que (1) une guidance efficace pour des mots n’est pas possible pour le moment et (2) votre enfant a besoin d’un moyen de communication (c’est-à-dire être reconnu comme locuteur à part entière). Si ces intervenants utilisent des procédures et suivent les lignes directrices décrites dans ce chapitre et dans d’autres manuels (Sundberg & Partington, 1998), ils continuent d’encourager votre enfant à vocaliser des sons, des approximations de mots et des mots. Si, alors que votre enfant utilise une méthode de communication alternative, des approximations de mots et des mots apparaissent, ne cessez pas d’utiliser la méthode alternative avant que votre enfant dise des mots incluant une grande variété de sons, répète ces mots de façon fiable, et avant que ces mots ne soient compris par des interlocuteurs familiers et non familiers. Finalement, l’importance de l’acquisition d’une méthode de communication efficace ne peut pas être négligée. Sans une méthode efficace, les seules réponses disponibles pour les enfants et les adultes avec incapacités, et avec lesquelles ils pourraient obtenir les mêmes résultats, sont des comportements non adaptés, perturbateurs, destructeurs, agressifs ou d’automutilation.

L’emploi des systèmes de communication alternative ne nuira pas, ni n’empêchera le développement de la parole. En fait beaucoup de chercheurs signalent que ces systèmes améliorent véritablement le développement de la parole.

De nombreux parents et professionnels sont préoccupés par le risque que l’emploi d’un système basé sur des images, tel que le PECS®, surtout chez les très jeunes enfants, de devienne néfaste pour l’acquisition potentielle de la parole. La recherche depuis ces 25 dernières années a montré non seulement que des systèmes alternatifs de communication n’inhibent pas le développement de la parole, mais que leur utilisation augmentent les chances de développement ou l’amélioration de la parole.»

J’ajouterai que les compétences travaillées avec les modes de communication alternative sont des pré-requis au langage oral : le regard, le pointage, l’attention conjointe, l’imitation motrice, la discrimination visuelle, les interactions… Ces pré-requis peuvent également être développés conjointement à l’apprentissage du mode de communication alternative.

Enfin, il faut faire attention, lorsque la personne commence à oraliser, à ne pas retirer trop rapidement la possibilité d’utiliser le mode de communication alternative. Par exemple, on peut laisser le classeur de communication à disposition pour les demandes d’objets qui ne sont pas présents dans la pièce. De toute façon, l’oral étant le plus rapide et le plus efficace pour obtenir ce que l’on veut, la personne préfèrera utiliser l’oral si elle le peut.

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