Le contrôle instructionnel

Je vous ai parlé rapidement du contrôle instructionnel dans cet article. Je reviens aujourd’hui vous donner plus de précisions.

Cet article est surtout un résumé de ce document, écrit par Robert Schramm et traduit par Olivier Bourgueil.

Le contrôle instructionnel est un aspect très important dans la prise en charge d’un enfant autiste, et même je dirais dans la relation avec tout enfant, y compris pour les parents. Quand nous avons le contrôle instructionnel, l’enfant cherchera toujours à suivre nos consignes et à faire de son mieux. Il sait que suivre les consignes lui rapportera des choses agréables, tandis que ne pas les suivre ne lui rapportera rien. Pour résumer, quand nous avons le contrôle instructionnel, nous obtenons de l’enfant qu’il coopère.

C’est une relation de travail efficace et positive : l’enfant nous écoute et suit ce que nous lui disons. Toutes les personnes entourant l’enfant (les « éducateurs » au sens large : famille, professionnels, enseignants,…) devraient avoir le contrôle instructionnel.

Sans cette coopération, nous ne pouvons pas enseigner correctement, nous ne connaissons pas le niveau réel de l’enfant, nous ne pouvons pas bien le guider, nous allons certainement devoir l’aider plus que nécessaire, et nous n’avons pas sa motivation.

Nous nous servons des désirs de l’enfant (ses renforçateurs) pour construire sa motivation à participer à des activités, suivre nos instructions et maintenir les interactions sociales. C’est quand l’enfant choisit spontanément de prolonger ses interactions avec nous que nous pouvons commencer à lui enseigner de nouveaux comportements.

Dans son article, Robert Schramm propose d’installer le contrôle instructionnel en 7 étapes. Ces étapes sont à faire en début de prise en charge, afin d’obtenir la coopération de l’enfant, mais peuvent tout à fait être suivies en cours de prise en charge, quand on a perdu la coopération, ou que la relation de travail se dégrade.

1. Montrer à l’enfant que c’est nous qui contrôlons ses renforçateurs, et nous qui décidons quand il peut les avoir

Tous les objets avec lesquels l’enfant joue sont des items potentiels pour renforcer ses bons comportements. Nous allons donc commencer par l’observer beaucoup pour savoir ce qu’il aime, ce qui l’intéresse, ce qu’il regarde, et effectuer ainsi l’inventaire de ses renforçateurs ! Nous devons ensuite contrôler ces items : les mettre hors de portée mais à sa vue.

2. Montrer à l’enfant que nous sommes amusants : faire en sorte que les interactions soient des moments agréables, pour qu’il désire suivre nos instructions et passer du temps avec nous

Nous allons jouer avec l’enfant sans poser de questions, ni de consignes car sinon nous risquerons de devenir aversif pour lui. Nous pouvons faire des bruits amusants, quelques commentaires simples, sourire, enrichir son jeu positivement. Nous pouvons également lui faciliter les choses, l’aider à faire ce qu’il a envie de faire. L’idée principale est que le jeu doit être plus amusant avec nous que sans nous. Nous n’allons pas lui courir après s’il cherche à partir, mais attendre qu’il vienne près de nous pour jouer avec ce qu’il aime.

3. Montrer à l’enfant qu’il peut nous faire confiance 

Si nous donnons une consigne, nous ne donnons pas accès au renforçateur avant que la consigne ne soit effectuée. L’enfant n’obtiendra pas non plus de renforçateur en cas d’évitement ou d’échappement. Pour autant, nous ne mettons pas en place de chantage comme « si tu viens près de moi, si tu fais ça, alors tu auras ça ». Seul le comportement adapté doit être renforcé, les autres comportements ne rapportent rien. Progressivement l’enfant choisira plus rapidement le comportement adapté. Quand nous donnons des consignes, nous utilisons un langage direct.

4. Montrer à l’enfant que suivre nos instructions est pour son bénéfice, et la meilleure façon d’obtenir ce qu’il veut

Les personnes qui interviennent auprès de l’enfant vont donner des instructions simples le plus souvent possible pour renforcer souvent son comportement adapté. Nous n’allons pas donner gratuitement les renforçateurs. Les consignes peuvent consister en des tâches d’imitation, des instructions que l’enfant sait faire, etc. Il faudra renforcer immédiatement le bon comportement.

5. Faire évoluer le taux de renforcement

Au début, nous allons renforcer chaque bon comportement. Puis l’enfant va commencer à bien suivre les consignes, il va venir nous voir pour suivre des consignes et obtenir un renforçateur. Nous allons réduire progressivement la quantité de renforcement (toutes les 2, 3, 5 réponses en moyenne, de façon variable).

6. Connaître les priorités de l’enfant et les nôtres

Les priorités de l’enfant, ce sont ses renforçateurs : ses jeux, ses activités, etc. Il nous faut tenir à jour l’inventaire de ses renforçateurs, au cours d’une même séance, pour être sûrs d’avoir sa motivation. Nous allons également développer de nouveaux centres d’intérêt. alterner et doser les renforçateurs en fonction des activités. Nos priorités, ce sont nos objectifs fixés pour l’enfant, nous devons décider si nous renforçons ou non le comportement qui vient d’apparaître.

C’est l’équilibre entre les priorités de l’enfant (ses renforçateurs) et nos priorités (les consignes) qui aboutit à une relation de travail efficace et pertinente.

7. Montrer à l’enfant qu’ignorer les instructions ou choisir des comportements inappropriés ne lui rapportera rien

Nous allons faire en sorte de ne pas renforcer les comportements inappropriés, c’est-à-dire que ces comportements ne rapportent rien à l’enfant. A cette étape, il peut être nécessaire de faire appel à un analyste du comportement, surtout si les fonctions des comportements sont difficiles à trouver, que les comportements sont très problématiques (enfant qui se met en danger ou met les autres en danger).

Et vous ? Avez-vous le contrôle instructionnel avec vos patients ? Si ce n’est pas le cas, voyez-vous ce qu’il vous faudrait modifier ?

Un commentaire

  • 17 mars 2015 - 3 h 38 min | Permalien

    Je ne travaille ps avec des enfants autistes, comme tu le sais mais cet article est effectivement intéressant, avec tous les enfants. Il met des mots clairs sur ce que je fais de manière intuitive avec certains enfants qui n’ont pas encore compris seuls que ce qu’on fait en séance est bon pour eux, ce qui est le cas de la grande majorité des enfants avec qui je travaille. Je crois que je n’ai jamais mis de commentaires sur ton blog alors je le dis ici : merci !

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