Le bilan orthophonique de l’enfant verbal

Lorsque nous recevons des enfants plus âgés (à partir de 4 – 5 ans), certains produisent déjà quelques éléments d’oralisation, c’est-à-dire des sons, des vocalises, voire de verbalisations, c’est-à-dire des mots.

Il est très important d’avoir à l’esprit qu’un enfant porteur de TED peut oraliser, voire verbaliser, mais ne pas communiquer. En effet, par exemple dans le cas d’écholalies ou de paroles répétitives, les productions ne sont souvent pas destinées à un interlocuteur, et n’ont pas pour objectif de faire une demande (d’objet, d’action) ou un commentaire. Il ne s’agit donc pas de communication. Le langage peut émerger de façon isolée chez un enfant avec TED, sans que se soit développées parallèlement les fonctions de communication. L’inverse est bien sûr également vrai, quand un enfant utilise les signes ou les pictogrammes pour communiquer : il n’y a pas de langage mais bien de la communication.

C’est la raison pour laquelle il est intéressant d’observer dans tous les cas les compétences socles de la communication, les pré-requis évalués lors du bilan de l’enfant non verbal, notamment :

  • le tour de rôle
  • le regard et l’attention conjointe
  • le jeu symbolique
  • le pointage
  • l’imitation
  • les appariements

Ensuite, suivant le niveau de développement de langage oral qu’il a pu apprécier au cours de ce début de rencontre, l’orthophoniste propose des épreuves de langage classiques en orthophonie. Il n’existe pas à l’heure actuelle d’outils spécifiques pour évaluer le langage des personnes avec TED, en dehors des grilles d’évaluation de la pragmatique ou des fonctions de communication. Ces tests classiques ont été étalonnés sur la population générale. Ils permettent de situer les enfants par rapport à la moyenne de la population, par classe d’âge, dans les différents domaines du langage.

Pour les patients avec TED, ces évaluations normées peuvent être intéressantes à un niveau quantitatif, pour :

  • situer l’enfant par rapport à son âge réel : où se situe cet enfant de 7 ans par rapport aux enfants de 7 ans de la population générale ? au-dessus, dans la moyenne, en-dessous ? de façon homogène ou hétérogène dans les différents domaines évalués ?
  • donner un âge approximatif à son niveau de langage oral : cet enfant de 7 ans peut avoir un niveau expressif de 5 ans en lexique et 3 ans en syntaxe
  • comparer les résultats et évaluer les progrès en cas de retest : nous avons ainsi des scores concrets, qui nous permettent de chiffrer l’évolution, et refaisant passer les mêmes items à distance. Par exemple, un score de compréhension de phrases passant de 8/21 à 16/21 est une preuve tangible des progrès effectués dans ce domaine.

Ces épreuves de langage évaluent :

  • d’une part la compréhension : de noms, de verbes, de phrases plus ou moins longues, complexes, concrètes, avec ou sans inférences, …
  • d’autre part l’expression : articulation, dénomination de noms, de verbes, production de phrases, longueur des énoncés, utilisation de pronoms, de prépositions, …

D’autres tests évaluent la pragmatique, domaine très important à observer en présence d’une personne avec TED. La pragmatique étudie l’utilisation sociale du langage dans son contexte d’énonciation. Elle concerne par exemple :

  • les règles conversationnelles : initier un échange, le maintenir, le clore, passer d’un sujet à l’autre de façon naturelle, respecter le tour de parole…
  • les mimiques, gestes, postures et regards
  • l’adaptation : à l’interlocuteur (son âge, son statut, le savoir commun partagé) et au contexte (physique, social).

Dans le cas d’enfants qui ont déjà accès au langage écrit, l’orthophoniste peut également évaluer ce domaine : lecture de mots, de phrases, de textes, transcription. Il porte une attention particulière, au-delà de la précision de la lecture, à la compréhension écrite. Le phénomène d’hyperlexie (bonne lecture mais peu de compréhension de ce qui est lu) est souvent rencontré chez les personnes avec TED et nécessite une prise en charge spécifique.

En résumé, il n’y a pas de bilan orthophonique tout fait, clé en main. C’est l’orthophoniste qui construit son évaluation en fonction des résultats de son patient, en partant des épreuves les plus «basiques», et complexifie progressivement pour ne pas mettre le patient en échec. Il propose une épreuve ou une autre en fonction de ce qu’il veut tester, de ce qu’il a remarqué dans une épreuve précédente, d’un domaine qu’il veut approfondir, pour lui permettre de proposer un projet thérapeutique le plus adapté possible.

Retrouvez tous les articles concernant le bilan orthophonique ici.

10 Commentaires

  • Julie
    16 mai 2013 - 17 h 25 min | Permalien

    Bonjour,
    Et le PEP-3?

    • admin
      16 mai 2013 - 17 h 34 min | Permalien

      Je ne comprends pas la question.

      • Julie
        21 mai 2013 - 8 h 28 min | Permalien

        Je voulais savois si vous utilisiez le PEP 3 pour vos bilans et sionon pourquoi?
        Merci

  • Julie
    16 mai 2013 - 19 h 36 min | Permalien

    Pourquoi n’utilisez-vous pas le PEP-3 pour vos évaluations?

  • admin
    21 mai 2013 - 9 h 32 min | Permalien

    Je ne l’utilise pas car je ne l’ai pas et qu’il ne me semble pas pertinent pour une évaluation orthophonique.

  • Julie
    21 mai 2013 - 9 h 39 min | Permalien

    Merci pour votre réponse

  • Lauraine ANIZAN
    11 juillet 2016 - 11 h 52 min | Permalien

    Bonjour, concernant les habiletés pragmatiques, avez-vous un outil privilégié pour les évaluer? entre la grille de Bishop et l’ITP issu d’un mémoire ortho, avez-vous une préférence?(je pense à un enfant de 10 ans que je dois rencontrer bientôt…).
    Merci beaucoup de votre réponse,

    • admin
      11 juillet 2016 - 17 h 56 min | Permalien

      bonjour Lauriane, je ferais la CCC de Bishop oui.

  • LuTeyss
    19 juillet 2016 - 9 h 32 min | Permalien

    Bonjour,

    Ton site est véritablement une mine d’or, je ne peux que te remercier de toutes les informations que tu donnes ! Félicitations pour tout ce travail de longue haleine !

    Une petite question : tu parles de PEC spécifique en ce qui concerne les enfants TSA hyperlexiques ; connaîtrais-tu des articles/mémoires qui traitent de cela ? Il se trouve qu’il y a un enfant hyperlexique dans l’IME où je travaille, et j’éprouve quelques difficultés à trouver des pistes de travail avec lui….

    Merci d’avance !

    • admin
      27 juillet 2016 - 22 h 22 min | Permalien

      Pas d’article sous la main mais je travaillerais me compréhension écrite ++, si besoin en repartant du mot pour construire progressivement une lecture efficace et pas seulement un déchiffrage au kilomètre.

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