Eléments d’un environnement basé sur le langage

livreAujourd’hui, je voulais vous parler d’un passage du livre « Teaching Language to children with autism or other developmental disabilities » qui m’a intéressée. Il se trouve p. 92, je vous l’ai traduit ci-dessous, en y ajoutant quelques commentaires personnels.

Il s’agit des éléments qui font qu’un environnement va être enrichi en langage.

– Le langage doit être considéré comme l’élément clé de l’intervention par tout l’entourage.

La communication est une compétence pivot, cela signifie que lorsqu’on a des compétences en communication, on peut développer seul des compétences dans d’autres domaines, on peut apprendre seul et donc progresser plus vite. En tant qu’orthophoniste, je ne peux pas dire le contraire : la communication est importante ! On sait également que sans communication fonctionnelle, le seul moyen pour une personne de se faire comprendre est le comportement, voire les troubles du comportement. La communication et le langage doivent donc être un objectif transdisciplinaire, poursuivi par toutes les personnes qui travaillent ou vivent avec l’enfant.

– L’apprentissage du langage doit être intégré dans toutes les autres activités (hygiène, jeu, loisirs, développement moteur, tâches non verbales).

Ce point recoupe le point précédent : le langage et la communication sont partout, tout le temps. Cela ne veut pas dire qu’il faut tout le temps parler ou chercher à faire parler l’enfant, car on entend ici aussi la communication non verbale, le regard, les mimiques, le langage réceptif.

– De nombreuses essais doivent avoir lieu, sous le contrôle de stimuli variés et dans des conditions de motivation variées.

Si on considère qu’un enfant typique est exposé au langage oral depuis sa naissance à raison de 8 heures par jour en moyenne, l’entraînement au langage et à la communication d’une personne avec un trouble du développement doit être au moins de la même intensité. On ne peut pas attendre qu’une communication émerge sans un entraînement intensif, en contrôlant les stimuli précédant les comportements verbaux et notamment la motivation en ce qui concerne les demandes.

– Toutes les personnes de l’entourage (professionnels et famille) devraient être entraînées aux techniques d’apprentissage du langage.

Cela paraît également une évidence : comment faire bénéficier à un enfant d’un entraînement intensif si la communication est seulement travaillée une à 2 fois par semaine pendant 30 minutes dans le bureau de l’orthophoniste ? L’apprentissage de la communication passe bien sûr par une formation de l’entourage, et notamment des parents, aux techniques de guidances, de façonnement, de développement des interactions, etc.

– Les intervenants doivent savoir comment et quand renforcer et comment estomper les renforçateurs artificiels pour laisser la place aux renforçateurs naturels.

Cela fait partie de la formation à l’apprentissage de la communication. Les comportements verbaux doivent être placés dans des contingences correctes afin de se développer, et de faire que la communication soit la plus naturelle et fonctionnelle possible.

– Les intervenants doivent savoir quelles approximations de réponses accepter et comment façonner de meilleures approximations. 

C’est ici l’intérêt du travail en équipe, afin de ne pas faire prendre de temps à un enfant en renforçant des comportements moins bons que ce qu’il sait faire, et en le faisant progresser dans ses essais de langage.

– Les intervenants doivent savoir quel niveau de guidance donner et comment diminuer ces guidances le plus rapidement possible.

Là encore, seule une bonne formation, ainsi que l’expérience, peuvent enseigner à prendre les bons réflexes en ce qui concerne les guidances et leur estompage.

– Les intervenants doivent être cohérents dans leur mise en oeuvre du programme.

Les personnes qui travaillent avec l’enfant devraient pouvoir communiquer entre elles sur ce qu’elles ont pu travailler, et sur les progrès de l’enfant au quotidien.

– Les intervenants doivent optimiser chaque opportunité de susciter des réponses verbales en saisissant ou en créant des opportunités à communiquer.

C’est ici que le travail de la communication prend tout son sens : réussir à créer chez l’enfant de la motivation à communiquer, en saisissant chaque moment pour travailler les demandes, les commentaires, les réponses de l’auditeur, les intraverbaux, selon le niveau et les objectifs.

– Tous les types d’essais d’apprentissage pertinents doivent être conduits, pas seulement le réceptif et l’expressif, mais aussi les demandes, les tacts, les intraverbaux, etc. Ce n’est pas nécessairement le nombre d’essais qui est important, mais plutôt le type d’essais.

Cela signifie que ce n’est pas parce que l’enfant pourra dénommer 500 images qu’il saura communiquer, mais qu’une communication fonctionnelle passe par une réponse adéquate aux différents stimuli : quand je suis motivé à obtenir quelque chose je demande, quand on me pose une question je réponds, quand je veux partager mon intérêt je commente, etc.

– Les intervenants doivent créer des opportunités fréquentes de généralisation.

J’ai déjà entendu que les problèmes de généralisation n’existent pas, qu’il n’y a que des problèmes d’apprentissage. Cela veut dire qu’un apprentissage n’est pas fait correctement s’il est effectué seulement avec une seule personne, dans un seul lieu, avec un seul matériel. Les conditions doivent être variées pour considérer que l’apprentissage est efficient.

– Un projet (ou un curriculum) pour progresser vers des formes plus complexes de comportements verbaux doit être mis en place.

On ne peut travailler sans objectif ni évaluation régulière. Les objectifs sont actualisés à chaque évaluation en fonction des progrès de l’enfant, afin de continuer à l’accompagner dans le développement de sa communication.

– Le projet éducatif individualisé (PEI) doit être coordonné avec les activités quotidiennes.

Il ne s’agit pas de scinder la vie de l’enfant en temps d’apprentissage vs temps de la vie quotidienne. Les apprentissages doivent être intégrés à sa vie quotidienne. C’est ce qui contribue à une meilleure généralisation et à une communication fonctionnelle.

– Les données sur les performances doivent être recueillies.

La collecte des données permet de suivre la progression de l’enfant et d’adapter les objectifs et les apprentissages proposés au plus près de ses capacités actuelles.

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