Débuter une prise en charge orthophonique avec un patient porteur d’autisme

Après l’évaluation initiale, réalisée en une ou plusieurs fois, l’orthophoniste dégage ses objectifs de rééducation en fonction des compétences et des déficits du patient.

Les premières séances sont très importantes pour créer un climat favorable à la suite de la rééducation. Pour que le patient ait envie de venir en séance, d’entrer en interaction avec l’orthophoniste, et plus tard de pouvoir exécuter des consignes, l’orthophoniste doit pourvoir être suffisamment « renforçant », intéressant en lui-même.

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Le pairing

Pendant une certaine période (qui peut aller de quelques séances à…quelques mois ?), l’orthophoniste va faire ce que l’on appelle du pairing, jouer à la « bonne grand-mère » comme on dit dans le PECS. Autrement dit se rendre agréable pour le patient.

Le pairing est le fait d’associer un événement neutre (l’orthophoniste) à un événement positif (les activités, les jeux que le patient aime) pour qu’ensuite l’événement neutre devienne un événement positif à lui tout seul : en vous voyant, le patient saura qu’il ne va lui arriver que des expériences agréables. Au fur et à mesure, vous introduirez une consigne, que le patient exécutera facilement car il sait que tout de suite après il aura quelque chose d’agréable. Puis une autre consigne, etc. C’est ainsi que vous aurez mis en place (de façon très simplifiée) le « contrôle instructionnel » (voir cet excellent article de Robert Schramm traduit par Olivier Bourgueil ici). C’est également de cette façon que vous allez pouvoir susciter des demandes d’objets ou d’activités que le patient aime et que vous lui donnez à coup sûr.

Préparation

– identifiez avec les parents des renforçateurs, c’est-à-dire des objets, activités, aliments qui plaisent à l’enfant et qui le motivent.

– pensez dans les activités aux jeux moteurs, plutôt de courte durée (moins de 10 secondes), par exemple : le balancer dans vos bras, le faire tourner dans vos bras, le faire sauter, le tirer par les pieds, le rouler dans une couverture, le faire tourner sur une chaise de bureau, danser avec lui,… Les enfants porteurs de TED ont fréquemment des difficultés de régulation vestibulaire, et ce sont donc des activités qui sont susceptibles de leur plaire.

– pensez à des activités où l’enfant a besoin de vous, des activités qu’il ne peut pas faire seul, par exemple : faire des bulles, mettre de la musique, lancer un dessin animé (pensez à YouTube et ses ressources inépuisables de chansons enfantines), ouvrir un pot de pâte à modeler…

– proposez des jeux en plusieurs parties (kaplas à empiler, dominos à aligner debout, legos à construire, M. Patate à assembler) pour créer de multiples occasions de vous rendre intéressant. Vous donnerez les pièces au fur et à mesure, sans parler, puis en augmentant petit à petit les exigences selon le niveau de l’enfant : donner quand il vous regarde, puis quand il demande.

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Principes de base : à faire

– aidez l’enfant à faire ce qu’il veut faire : si quelque chose est trop difficile pour lui, vous pouvez l’aider sans attendre qu’il vous le demande, pour qu’il ne se désintéresse pas de l’activité pour une mauvaise raison. Par exemple, les enfants porteurs de TED ont souvent des difficultés de motricité fine, vous pouvez les aider à assembler les legos ou à mettre des dominos debout.

– quand vous êtes avec l’enfant, toujours l’observer, essayer de voir ce qu’il regarde car il regarde certainement ce qui l’intéresse même s’il ne peut pas encore le verbaliser.

– l’miter quand il fait quelque chose d’adapté. Par exemple, s’il met des personnages dans une boîte prenez d’autres personnages (pas les siens !) et mettez les dans une boîte aussi, sans commenter.

– mettez en hauteur les objets que l’enfant aime, de telle sorte qu’il soit obligé de passer par vous pour les obtenir : dès qu’il regarde un objet, vous pouvez lui donner gratuitement.

– notion de déprivation : une personne a toujours plus envie de quelque chose qu’elle ne peut pas avoir souvent ou beaucoup, que de quelque chose qu’elle peut obtenir en libre accès. C’est mieux si l’enfant s’ennuie un peu avant de vous voir, ou s’il a un peu faim si les renforçateurs adaptés sont alimentaires. Vous serez d’autant plus intéressant !

Principes de base : à ne pas faire

– ne lui prenez pas son activité même si c’est pour lui redonner tout de suite après. Vous seriez associé à une expérience négative.

– ne parlez pas sauf pour dire le nom de l’objet que l’on donne pour induire ensuite les demandes : parfois la voix de l’adulte est désagréable pour l’enfant, y compris quand vous l’encouragez ou le félicitez.

– ne donnez pas de consigne, ne posez pas de questions, même si c’est en rapport avec le jeu. Ne dites pas « mets ton personnage ici, fais le sauter, qu’est ce que c’est » : déjà l’enfant ne comprend peut-être pas ce que vous lui demandez, et ensuite ce n’est pas intéressant pour lui de jouer avec vous s’il ne peut pas faire ce qu’il veut et qu’il doit répondre à des questions.

– ne pas courir après l’enfant ou chercher à le rattraper : vous voulez qu’il vienne avec vous de lui- même. Assurez-vous d’avoir quelque chose d’assez motivant pour lui. S’il part c’est que ce n’est plus assez intéressant.

Évolution

– si l’enfant semble moins content, regarde moins, demande moins bien que ce qu’il faisait, proposez autre chose. C’est qu’il n’est plus assez intéressé. Ne commencez pas à mettre davantage de guidance.

– s’il semble toujours intéressé et progresse toujours dans les interactions (regarde mieux, commence à demander, prononce mieux), continuez. Même si cela signifie qu’il vous faudra chanter la même comptine 100 fois en 30 minutes…

– proposer des activités variées et nouvelles en lien avec ce que vous savez que l’enfant aime. Changez vos supports pour lui permettre d’augmenter son répertoire d’intérêts. Par exemple si un enfant aime la musique, vous pouvez lui proposer de chanter, de mettre de nouvelles chansons sur YouTube, de jouer avec des jeux musicaux, des peluches musicales, des jeux cause/effet musicaux, des instruments de musique…

Au cours de la prise en charge, il faudra veiller à vous assurer d’être toujours assez agréable pour l’enfant, et de toujours continuer à évaluer les activités qui le motivent.

Et vous ? Comment vous rendez vous agréable? Êtes vous suffisamment motivant ;-) ?

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