Comment travailler… les demandes (1)

La demande est la fonction de communication la plus importante. C’est la première compétence de communication qui doit être mise en place chez une personne autiste, car c’est la première à émerger dans le développement normal de l’enfant. Elle devra être fonctionnelle et spontanée avant de pouvoir travailler une autre fonction de communication (faire des dénominations, répondre à des questions,…).

De plus, de nombreux troubles du comportement sont souvent mis en place par les personnes avec autisme car elles ne savent pas demander ce qu’elles veulent (ou ne veulent pas).

  • Eviter d’anticiper les besoins

Avec les personnes porteuses d’autisme, et plus généralement les personnes avec un développement atypique ou des difficultés de communication, nous avons naturellement tendance à anticiper tous leurs besoins. Nous cherchons à aller plus vite ou à les aider spontanément.

Cependant si nous voulons qu’une communication émerge, il faut essayer d’éviter de trop anticiper les besoins et donc les demandes.

La communication naît à partir d’une certaine forme de frustration ou de déprivation. S’il lui manque un élément indispensable et motivant, l’enfant va tenter de demander cet élément. Ce sera ensuite à nous de lui enseigner une forme de communication adaptée en partant de cette envie de demander : oral, signes, images…

  • Les premières demandes

Une multitude de choses peuvent être demandées :
– des aliments : nourriture, boisson
– des jeux : activités 1er âge, voitures, kaplas, legos, bulles,…
– des interactions motrices : balancer, faire tourner, porter, faire sauter, chatouiller, courir après…

bonbon

C’est pendant la phase de pairing, les premières séances avec l’enfant où vous faites tout pour vous rendre agréable, que vous allez recenser ce que l’enfant aime (ses renforçateurs) et donc ce qu’il va pouvoir vous demander.

On essaie de privilégier des choses « consommables », c’est-à-dire que l’enfant utilise pendant un moment mais que vous n’aurez pas besoin de lui reprendre pour qu’il effectue une nouvelle demande. On donne alors en toute petite quantité pour susciter de nombreuses demandes et interactions. Par exemple si l’enfant est motivé pour demander un bonbon, je ne donne pas bien sûr un bonbon entier à chaque demande. Je découpe un bonbon gélifié type crocodile en 15 morceaux au moins, un carré de chocolat en petites pépites. S’il est motivé pour un jeu moteur (balancer, tourner) je le lui fais 3 à 5 secondes. S’il aime une musique ou un dessin animé je le/la passe 5 secondes. S’il aime les kaplas ou les legos, je les donne un par un, etc. Il faut garder à l’esprit que si l’enfant est rassasié rapidement, il n’aura plus besoin de demander. Et nous voulons qu’il demande pour des choses qu’il veut vraiment et pas pour nous faire plaisir !

  • Comment faire ?

On s’assure que l’enfant désire réellement l’objet, si par exemple il le regarde ou tend la main vers l’objet, on lui donne la première fois « gratuitement » en disant le nom. On ne pose pas de questions, on ne fait pas de commentaires superflus.

A chaque fois que l’on voit qu’il veut à nouveau ce que nous avons, on place l’objet à hauteur de notre visage, on dit le mot et on donne l’objet. Tout cela doit aller assez vite, mais être fait dans cet ordre. On dit le nom précis de l’objet ou de l’activité : on ne dit pas « encore », « manger », « jouer » mais « bulles », « bonbon », « kapla », « balancer », « courir ». On le dit assez fort, distinctement, et sur un ton affirmatif et non interrogatif, car c’est ainsi que l’enfant devra demander.

Au bout de quelques fois, on attend un peu (pas plus d’une ou 2 secondes) entre le moment où l’on dit le mot et le moment où l’on donne l’objet. Si l’enfant répète, on lui donne tout de suite. Il est inutile de le féliciter : la conséquence normale d’une demande est l’obtention de l’objet et non une félicitation (qui sera la conséquence d’une dénomination !). On ne dit pas non plus « ah tu veux les bulles ? » S’il ne répète pas, on continue à dire le nom de l’objet, et on n’attend jamais plus de 3 secondes avant de le lui donner. Il faudra si besoin lui enseigner un moyen alternatif pour demander (image ou signe).

Dans le cas de l’utilisation d’un moyen alternatif, comme pour l’oral, on procède avec une guidance que l’on va estomper : on guide physiquement l’enfant à donner l’image ou à signer, puis on retire cette guidance physique.

Si l’enfant commence à moins bien regarder, à moins bien répéter (ou signer ou donner l’image), c’est qu’il n’est plus assez motivé pour obtenir l’objet et qu’il faut à nouveau évaluer ses renforçateurs. Il est inutile d’apporter une guidance plus importante ou de baisser nos exigences.

La procédure est la même dans le cas d’un enfant qui utilise l’échange d’images ou les signes pour demander.

On n’enseigne pas à faire une phrase type « je veux des bulles » car cela ne veut rien dire pour l’enfant. Souvent il demandera moins car c’est trop difficile de dire la phrase entière. On peut se référer au développement normal de l’enfant : un petit fait d’abord plein de demandes différentes avec un mot, toute la journée, puis beaucoup plus tard, commence à associer « veux + … ». Par contre on enseigne à demander des noms (pour les jeux et la nourriture) et des verbes à l’infinitif (pour les activités motrices).

lego

  • Evolution

Il faut essayer d’enseigner tous les mots nouveaux à l’enfant sous forme de demandes, en modifiant l’environnement, en suscitant des demandes variées de choses qui vont lui manquer pour faire ce qu’il veut. Par exemple, fermer une porte à clé avec quelque chose d’intéressant pour lui dans la pièce pour enseigner le mot clé. Enfermer un objet convoité dans une boîte que l’enfant ne peut ouvrir seul pour enseigner le mot « ouvrir », etc…

Quand les enfants commencent à demander pour beaucoup de choses différentes spontanément, nous faisons des jeux où il faut se demander des choses : des éléments pour reproduire un modèle, des pièces pour compléter un encastrement, etc. Je vous détaillerai les jeux que j’utilise pour continuer à travailler cette fonction dans un prochain article.

8 Commentaires

  • HIDALGO Céline
    24 mars 2013 - 8 h 03 min | Permalien

    Bonjour Charlotte et merci pour tous ses articles!

    Peut-être peut-on préciser que lorsqu’il s’agit des signes, il est possible de favoriser leur émergence (selon la même démarche que tu décris ci-dessus) grâce à la guidance physique par une tierce personne comme on peut le faire pour le PECS afin que l’enfant fasse le lien entre les 2 et puis estomper. Qu’en penses-tu?

    • admin
      24 mars 2013 - 11 h 27 min | Permalien

      Tu as tout à fait raison je vais l’ajouter ce sera plus clair ! Merci Céline !

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  • Emmanuelle
    22 septembre 2016 - 21 h 28 min | Permalien

    Bonjour Charlotte. Comment passer à une phrase pour la demande si le « je veux » n’est pas approprié? Est-ce qu’à force de travailler les verbes et les noms, la personne va les associer?
    Est-ce utile de conserver les picots « je veux »+objet en modélisation syntaxique, comme un support visuel pour aider à structurer la phrase ?
    Merci :)

    • admin
      24 septembre 2016 - 11 h 59 min | Permalien

      personnellement, si l’enfant est vocal, je n’utilise pas de support visuel. Le verbe vouloir vient, mais plus tard. On considère qu’il faut que l’enfant fasse des centaines de demandes par jour, qu’il ait un vocabulaire de 100-200 mots environ avant d’enseigner « je veux ». Qui peut d’ailleurs être aussi « je voudrais », « donne moi », etc.

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