Comment travailler… les demandes (2)

Pour poursuivre le travail des demandes, je vous propose aujourd’hui des activités à effectuer en séance qui sont axées autour de cette fonction de communication.

Elles ne sont plus vraiment spontanées ou pures, car les objets demandés ne sont pas des renforçateurs directs pour l’enfant. Le renforçateur peut alors être une autre activité, un objet à choisir par l’enfant car la consigne a été exécutée correctement, ou la satisfaction d’avoir terminé l’activité pour les enfants pouvant accéder à ce type de renforçateurs sociaux.

Ces activités de demande constituent le moyen d’enseigner de nouveaux mots à l’enfant sans que l’on ait forcément l’objet dans l’environnement et qu’il en ait besoin, par exemple les animaux : difficile de trouver une situation où l’enfant pourrait avoir besoin d’une vache !

Quand je parle de mots, cela peut être des mots oralisés, ou des images/photos/pictos donnés (s’il utilise le PECS®), ou des signes. On ne s’intéresse ici pas à la forme de la demande, mais à ce qui est demandé, à l’acte de communication.

  • Lotos

L’utilisation de jeux de lotos peut être détournée de son principe initial, et servir à travailler les demandes. L’adulte a les cartes, l’enfant a les planches et demande les cartes.

– lotos de noms : loto Ploum recto, mon loto Tchoupiloto objetsloto couleursmaxiloto de la vie quotidiennemaxiloto des couleursmaxiloto animaux

– lotos plus complexes : Jeu des familles motsJeu de langage 2, loto des saisons Tchoupi, loto Ploum verso, loto Petit Ours Brun, loto Dans ma maison, Direction phrases

On peut bien sûr également fabriquer des lotos soi-même, en imprimant des images/photos/pictos en double (une pour les planches, une pour les images individuelles), par catégorie sémantique par exemple : la nourriture, les animaux, les actions…, ou par thème : Noël, l’été, la ferme…

  • Encastrements

L’adulte a les éléments à encastrer, l’enfant a le support et demande les éléments. On peut choisir de laisser les éléments à vue, ou de les cacher (travail de mémoire et discrimination visuelle).

  • Reproductions de modèles

Une des activités possibles pour susciter l’élaboration de demandes est de reproduire un modèle, qui peut être réel ou en photos/images.

Dans ce cas, l’orthophoniste propose le modèle à l’enfant, qui a pour consigne de le reproduire. L’orthophoniste a de son côté les éléments, et l’enfant doit les lui demander pour reproduire le modèle. Si l’enfant communique par images/photos/pictos, l’orthophoniste aura pris soin de préparer avant ce que l’enfant va demander. Si l’enfant communique par signes, l’orthophoniste devra certainement y aller très progressivement, introduire les signes 1 par 1, ou 3 par 3, ou 5 par 5, selon les capacités de mémorisation du patient. L’orthophoniste pourra par exemple faire le signe au début de l’activité pour chaque élément, puis refaire une guidance visuelle voire physique quand c’est au tour de l’enfant de demander, afin de favoriser l’imprégnation.

Voici quelques exemples de jeux ou matériels orthophoniques que l’on peut utiliser :

– des jouets en double : M. Patate, des playmobils, des legos, des images de mémory… L’orthophoniste construit le modèle et l’enfant lui demande les pièces pour faire le même.

– des matériels comme : Atelier topologie 1 et Atelier topologie 2, Promenade au parc, Les bobinettes, Topologie, La chambre de Léa, Les dragonneaux, Château fantômes, Colorino, Pragma… Ce sont des jeux où les éléments à demander consistent en un nom, ou un nom et un adjectif, ou une construction syntaxique plus complexe, à adapter au niveau de votre patient.

Pour la plupart de ces activités, on peut travailler soit avec le modèle réel, soit avec une photo du modèle. Dans les jeux que je cite, les modèles sont fournis, mais vous pouvez également en inventer d’autres (ou proposer à votre patient d’en inventer) et les prendre en photo. C’est aussi le cas pour les playmobils, legos, petits animaux : vous les placez pour faire une construction ou une petite scène et les prenez en photo.

  • Jeux de paires

On peut également jouer aux paires avec des objets ou des cartes. Il faut alors avoir des objets/cartes en double, on les distribue en laissant une pioche ou non. On se demande ensuite chacun son tour (ou seulement l’adulte, ou seulement l’enfant) le même objet/la même carte que l’un de ceux/celles que l’on a pour faire une paire. On peut alors prendre des playmobils, des legos, des cartes de mémory (par exemple Mémo ferme, maximémo aliments, mémory les animaux, Mémory des métiers de Nathan, ) ou de mistigri (en enlevant le mistigri, celui de Djeco par exemple).

Plus complexe, on peut utiliser des paires de cartes qui ont une petite différence comme dans Dis moi le genre et le nombre, ou Cartasyntax (notamment le jeu avec la tête et le corps de l’animal). Enfin, pour travailler la syntaxe, les cartes à fabriquer de Apprendre la grammaire avec des jeux de cartes sont très intéressantes.

  • Jeux de familles

Le principe du jeu de famille est difficile à appréhender et devra être travaillé progressivement. Je préfère privilégier les jeux de familles où tous les éléments de la famille sont présents comme rappel sur les cartes, comme Lexico ou Mini nature. Ou bien fabriquer ces rappels sur un support visuel (comme dans le Jeu des familles mots). Sans ce rappel, on est souvent cantonné aux familles « père, mère, grand-père, … », ce qui manque d’intérêt pour la rééducation.

Ce que je fais souvent, c’est que j’étale une seule famille sur la table, on les regarde, on dit les noms (ou on les signe ou on regarde les pictos correspondants), puis l’enfant ferme les yeux et je « vole » un élément de la famille. L’enfant doit dire lequel j’ai pris. Puis j’en vole plusieurs, puis je mets une autre famille, etc. Puis on joue au « vrai » jeu de famille avec la pioche, et 7 cartes chacun, mais avec seulement 2 familles et il n’y a que l’enfant qui demande. C’est donc une approche très progressive.

  • D’une manière générale

Il faut essayer de toujours anticiper ce dont l’enfant pourrait avoir besoin dans son jeu, et l’avoir avec nous pour susciter des demandes. Par exemple, si l’enfant demande à jouer avec le train (ce qui est déjà très bien), je lui laisse seulement 2 ou 3 rails et je prends les autres, et lui enseigne à demander les rails. Je garde aussi les wagons, les personnages… Il ne s’agit pas de lui prendre des mains tout ce dont il a besoin, mais d’être l’intermédiaire, et au final celui qui donne l’objet désiré. Il faut savoir doser : si un enfant fait seulement quelques demandes et ne dit pas beaucoup de mots, il faut savoir y aller progressivement. On n’utilisera au début que les objets ou activités qui le motivent beaucoup, pour qu’il cherche à se dépasser, à faire l’effort de formuler sa demande.

Il faut également penser, et c’est très important, à ne pas enseigner que des noms, mais aussi beaucoup de verbes. C’est ainsi que plus tard l’enfant pourra combiner les noms et les verbes, enrichir son langage et faire des commentaires.

Si vous ne connaissez pas les exemples de matériel dont je parle, ou si vous voulez davantage de précisions sur ma façon de l’utiliser, n’hésitez pas à laisser un commentaire ou à m’envoyer un message via cette page.

3 Commentaires

  • Pingback: Autisme et Orthophonie » La VB-MAPP – partie 1

  • Jessica
    10 septembre 2015 - 12 h 25 min | Permalien

    Merci beaucoup pour toutes ces idées qui peuvent être également utilisées pour d’autres types de rééducations. Ton site est vraiment très instructif et complet !

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