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Le développement de l’oral grâce aux outils de communication alternative et améliorée

…ou comment les outils de communication alternative et améliorée ne bloquent pas l’accès à l’oralisation mais peuvent le favoriser.

Les pictogrammes 2 – En route vers l’autonomie

pictogrammes 2Auteur Anne-Marie Le Gouill, Joe-Ann Benoît, Evelyne Delude, Renée Gagnon

Editeur Les pictogrammes / Milmo

Description Cet ouvrage fait suite aux Pictogrammes – Parce qu’une image vaut mille mots. Il est lui  aussi composé d’un livre avec des explications et d’un CD-ROM pour imprimer les pictogrammes à volonté (en couleur et en noir et blanc).

Utilisation Ce deuxième volume aborde des thèmes de l’autonomie comme la toilette, l’habillage, l’alimentation, les transports, les émotions. Les pictogrammes peuvent être utilisés pour créer des séquences avec toutes les étapes, qui sont intéressantes quand on sait que les personnes autistes ont des difficultés de planification. On peut également aborder les habiletés sociales, et créer des supports visuels pour les routines du quotidien.

Avis Les pictogrammes (qui sont en réalité des dessins) sont d’une grande qualité, les personnages sont expressifs, les enfants peuvent s’y identifier. J’aime beaucoup ce matériel, qui peut être utilisé de nombreuses façons.

Prix 46€

Les pictogrammes – Parce qu’une image vaut mille mots

pictogrammesAuteur Anne-Marie Le Gouill, Geneviève Plante

Editeur Les pictogrammes / Milmo

Description Cet ouvrage contient un livre qui fournit des pistes de travail à partir des pictogrammes, et un CD-ROM pour imprimer les pictogrammes.

Utilisation Les pictogrammes peuvent être imprimés seuls, par exemple pour constituer un classeur de communication, ou utilisés pour réaliser un emploi du temps, une séquence d’actions.

Avis C’est un matériel agréable à utiliser, une banque d’images importante, avec un graphisme sympathique. Les utilisations sont très variées, et peuvent être adaptées à toutes sortes d’activités (en séance, à la maison, à l’école).

Prix 44€

Voir également le volume 2 : Les pictogrammes – En route vers l’autonomie

Le PECS – partie 2

Remarque : cet article ne remplace en aucun la formation PECS, que je recommande de suivre. Il est seulement destiné à fournir un éclairage sur cet outil.

Voir ici la présentation du PECS, ses principes, ses objectifs et les phases I, II et III.

  • Phase IV

Le but est que la personne demande par une phrase type « je veux » + « objet/activité », grâce à 2 images juxtaposées. On commence ici à utiliser la bande-phrase.

bande phrase

Cette phase nécessite à nouveau la présence d’un incitateur physique, qui diminuera la guidance par l’enchaînement arrière.

La personne apprend d’abord à ajouter l’image de demande à la bande-phrase, où il y a déjà l’image « je veux ». Puis elle apprend à positionner l’image « je veux » en début de bande-phrase, avec l’image de la demande. Enfin, elle apprend à pointer les images pendant que l’interlocuteur lit la demande à haute voix. Si elle en a la capacité la personne « lit » les images elle-même.

A la fin de la phase IV, l’enchaînement est le suivant : aller chercher le classeur, placer l’image « je veux » sur la bande phrase, retirer l’image de l’objet désiré du classeur, placer l’image de l’objet désiré sur la bande-phrase, retirer la bande-phrase et donner la bande-phrase au partenaire de communication en pointant les images une par une (en verbalisant ou en écoutant l’interlocuteur verbaliser).

je veux

  • Les attributs

Cette phase s’enseigne après la phase IV, parallèlement à la phase V. L’objectif est maintenant de faire une bande phrase avec «je veux» «un objet» «un attribut». Un attribut peut être une taille, une couleur, une forme, une texture, une vitesse, une partie du corps…

On enseigne cette nouvelle aptitude par la procédure d’enchaînement arrière. Puis on aborde la discrimination d’attributs par la correction en 4 étapes. On entraîne ensuite à généraliser les attributs avec plusieurs objets, et enfin à utiliser plusieurs attributs dans une phrase : « je veux le gros cube rouge ».

  • Phase V

L’objectif est de réussir à répondre à la question « qu’est-ce que tu veux ? ». C’est un premier pas vers les commentaires et les réponses aux questions plus variées, mais ici la réponse est tangible et amène un renforçateur naturel : l’objet demandé.

On demande à la personne « qu’est-ce que tu veux ? » en désignant la bande phrase simultanément, et on augmente progressivement l’intervalle entre ces 2 actions.

Cet apprentissage de réponse sera rapidement généralisé à de nombreuses situations de la vie quotidienne, mais la personne doit également continuer à pouvoir effectuer des demandes spontanément (cf phase I), et ne pas toujours attendre l’amorce de la question.

  • Phase VI

A l’issue de cette dernière étape, la personne sera capable de répondre aux questions « qu’est-ce que tu veux/vois/entends/as ? » et « qu’est-ce que c’est ? ».

On incite les commentaires en faisant intervenir des événements « particuliers » : nouveauté, changement, surprise. On enseigne les discriminations entre les amorces de phrases, puis la production de commentaires spontanés.

  • Conclusion

Cet apprentissage peut paraître très structuré, mais finalement il reprend assez bien le développement normal du langage oral.

Le petit enfant avec un développement typique va d’abord aller vers une personne, en lui montrant par exemple l’objet de sa demande, ou en s’exprimant par onomatopées (spontanéité : phase I et II). Puis il va commencer à dire des mots isolés pour se faire comprendre (phase III), en augmentant progressivement son vocabulaire. Ensuite il apprend à combiner 2 mots (phase IV), pour enfin se décentrer de ses besoins et ébaucher des commentaires, en réponse à des questions (phase V) puis spontanément (phase VI).

C’est un outil vraiment très intéressant, notamment pour les personnes présentant un TED.

Le PECS – partie 1

Remarque : cet article ne remplace en aucun cas la formation PECS, que je recommande de suivre. Il est seulement destiné à fournir un éclairage sur cet outil.

  • Qu’est-ce que le PECS ?

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Cet acronyme signifie « picture exchange communication system », soit « système de communication par échange d’image ». Il a été développé en 1985 dans le cadre d’un programme éducatif proposé à des enfants avec autisme du Delaware (USA) par le Dr Andy Bondy et Lory Frost.

C’est un outil de CAA, qui peut être proposé à toute personne (enfant ou adulte) en difficulté de communication. Il peut être enseigné par des professionnels mais aussi par des parents et peut (doit) être utilisé dans tous les endroits de vie. Il ne nécessite pas de matériel complexe ou onéreux.

  • Les principes du PECS

Cet outil de communication est issu des principes d’enseignement de l’Analyse Appliquée du Comportement. Il utilise les procédures et les méthodologies d’enseignement mises en évidence par les sciences comportementales : guidance, renforcement, estompage, correction d’erreurs…

  • Objectifs du PECS

La caractéristique majeure de l’autisme est le trouble de la communication, qui est aussi souvent à l’origine de troubles du comportement. Le développement de la communication, y compris chez les neurotypiques, commence par l’expression des demandes. Le postulat du PECS est de partir de cette forme d’expression de base pour mettre en place un moyen de communication. Il s’appuie sur un désir réel de la personne pour créer une situation de communication. Les personnes demanderont plus facilement un objet apprécié qu’elles ont envie d’avoir. De plus nous augmentons ainsi les chances d’avoir un comportement adapté car l’objet obtenu est renforçateur du comportement adapté de demande.

Pour mettre en place le PECS, il n’y a normalement pas de pré-requis nécessaires. Au départ, la personne n’a pas besoin de reconnaître une image, ni de faire une association image/objet. Elle n’a pas besoin d’avoir la permanence de l’objet. Elle n’a pas besoin d’un niveau cognitif spécifique. La discrimination d’images n’intervient pas dès le début, on commence par travailler la spontanéité des demandes.

Bien sûr, l’objectif à plus long terme est de pouvoir discriminer entre plusieurs images pour effectuer une demande pertinente. Il pourra donc être intéressant de proposer avant la mise en place du PECS une évaluation du niveau de représentation visuelle (type COMVOOR ici et ici). Les résultats nous indiqueront par exemple quel type de support visuel utiliser pour cette personne, selon ses capacités : photo, image couleur, noir et blanc, pictogramme plus symbolique, avec fond neutre, image mate…

Comme toutes les CAA, le PECS n’empêche pas le développement du langage oral, mais au contraire le facilite.

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Le PECS comprend 6 phases :

I. Comment communiquer

II. Distance et persistance

III. Discrimination d’images

IV. Structure de la phrase

V. Répondre à la question « que veux-tu ? »

VI. Faire des commentaires

ainsi que les attributs qui se sont enseignés parallèlement à la phase V.

On ne passe pas à la phase suivante si la phase en cours n’est pas totalement acquise et généralisée dans plusieurs contextes, à plusieurs moments, dans plusieurs endroits, avec plusieurs objets et plusieurs interlocuteurs.

  • Phase I

L’objectif est que la personne prenne l’initiative de la communication spontanée. C’est en voyant l’objet de désir qu’elle prendra l’image et la donnera au partenaire de communication. La personne sera ainsi récompensée et renforcée.

Au départ, l’apprentissage nécessite deux adultes : un partenaire de communication (face à la personne) et un incitateur (une aide physique qui ne dit rien et a seulement le rôle de guidance).

La stratégie d’enseignement est l’enchaînement arrière : on guide la réalisation et l’enchaînement de toutes les étapes jusqu’à ce que la dernière soit réalisée correctement, puis on estompe la guidance en partant de la fin du geste.

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  • Phase II

L’objectif est d’apprendre à la personne à être en permanence en communication pour faire des demandes grâce aux images à des interlocuteurs variés. On cherche également à augmenter la spontanéité.

On introduit dans cette étape le classeur de communication, on augmente progressivement la distance entre la personne, l’interlocuteur et le classeur, et on estompe les incitations complémentaires (regard, environnement, posture).

  • Phase III

On commence la discrimination d’images, afin que la personne fasse un choix entre plusieurs images pour exprimer sa demande d’objet ou d’activité.

On enseigne d’abord à discriminer entre une image d’objet fortement préféré et une image de diversion (objet non aimé ou inutile), puis entre 2 images d’objets aimés. La stratégie est la correction d’erreur en 4 étapes. En cas d’erreurs persistantes, on peut envisager plusieurs aides pour permettre progressivement d’améliorer la discrimination.

A la fin de cette phase, la personne sait choisir parmi toutes ses images celle qui correspond à la demande qu’elle veut effectuer.

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A suivre ici