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L’iPad dans la prise en charge orthophonique des personnes avec TSA

Depuis quelques temps, j’intègre l’iPad dans mes prises en charge. Je l’utilise de plusieurs façons.

ipad

  • Des applications éducatives de langage et d’apprentissage

En orthophonie, nous utilisons des supports ludiques, avec des objectifs précis de rééducation : jeux spécifiques créés pour les orthophonistes ou jeux éducatifs du commerce. Nous les adaptons voire les détournons pour nos patients, en fonction de ce que nous voulons travailler avec lui. Ainsi, un simple jeu de loto pourra être utilisé pour travailler le tour de rôle, la compréhension orale, l’expression orale, le pointage, l’attention, la discrimination visuelle, les fonctions exécutives, la mémoire, ou encore le langage écrit, selon la façon dont nous le proposons.

Il existe de très nombreuses apps éducatives, qui permettent de travailler toutes sortes de domaines en conservant un aspect très ludique. L’intérêt de ces apps sur tablette est que l’on peut avoir beaucoup de matériel dans peu de place (pratique pour effectuer des séances à domicile ou quand on a déjà un cabinet qui déborde de matériel !), que le support change des jeux classiques et attire souvent les enfants, et que les apps sont assez économiques (gratuites ou quelques euros pour des heures de jeu… et de travail !).

Voici quelques-unes de celles que j’utilise, classées par domaines :

– Mémoire

Mémory (1,79 €) : possibilité de changer le nombre de cartes (de 5 à 15 paires), le mode de jeu (mémory normal, mémory images-nombres, mémory images-sons, mémory sommes-résultats, mémory objet-fonction) et le nombre de joueurs (1 ou 2).

iSays HD Free (gratuit) : principe du jeu « Simon », avec 4 touches de couleur qui s’allument tour à tour et forment une séquence à reproduire de plus en plus longue.

Memo-Game : mémory de 12 paires (nombre non modifiable). On peut enregistrer des sons pour chaque image (mots, bruits…). 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (1,79 €) pour 10 autres thèmes.

Un petit jeu de mémoire : mémory d’images, avec 4 niveaux de difficulté, et des thèmes d’images variés.

– Perception visuelle

Trouvez-moi (1,79 €) : jeu de discrimination visuelle, où il faut retrouver des petits objets cachés parmi d’autres. 5 tailles de grille (avec plus ou moins d’objets) et 3 modes de jeu : appariement objet/objet avec distracteurs éloignés, objet/silhouette et objet/objet avec distracteurs proches visuellement.

Mosaic HD (1,79€) : possibilité de créer ses propres modèles.

Les différences, Les différences pirates : jeux de différences classiques, avec 3 niveaux de difficulté pour chaque tableau. 2 tableaux disponibles dans la version gratuite, achat in-app (1,79 €) pour 11 autres tableaux.

School of perception (2,69€) : exercices de perception et de mémoire visuelles.

Little things (2,69€): discrimination visuelle

– Emotions

Autimo : plusieurs types de jeux avec des photos et images d’émotions : paires, appariement photo/image, intrus. Achat in-app (4,49€) pour davantage de contenu (seulement les paires dans la version gratuite).

ABA Flash Cards & Games Emotions (gratuit) : il s’agit de photos d’émotions. App en anglais mais intérêt car on peut seulement utiliser les photos, mais aussi personnaliser de nombreux paramètres (sons, textes, photos) et ainsi créer ses propres jeux.

Touch & Learn Emotions (gratuit) : ressemble à la précédente, possibilité de personnaliser également.

Grimace (0,89€) : modulations d’un visage en fonction de l’émotion

– Langage oral

iSequences (1,79€) : version lite gratuite. Il s’agit de 100 histoires en images (de 3 ou 4 images) à remettre dans l’ordre. Plusieurs options sont paramétrables.

Farmyard (gratuite) : application de « stickers », c’est-à-dire des éléments de la ferme à disposer sur des scènes. On peut travailler de beaucoup de façons différentes avec ce type d’apps.

Il et elle (17,99€) : travail des pronoms personnels sujet masculin et féminin dans plusieurs modalités (compréhension ou expression, orale ou écrite).

Vocabulaire en images : plusieurs jeux disponibles autour de catégories sémantiques (animaux, école, Noël, vêtements). Thème fruits et légumes gratuit, achat in-app pour les autres thèmes.

Animaux ! : plusieurs petits jeux autour du vocabulaire des animaux. Version lite et achat in-app (1,79€).

Océans ! : plusieurs petits jeux autour du vocabulaire de l’océan. Version lite et achat in-app (2,69€).

Saisons ! : plusieurs petits jeux autour du vocabulaire des saisons. Version lite et achat in-app (2,69€).

Garage (1,79€) : super app, à l’intérieur d’un garage, il faut réparer les voitures en fonction des demandes des clients.

– Langage écrit

Corrigolo (0,89€) : ce sont des histoires drôles, devinettes… avec des erreurs d’orthographe lexicale et grammaticale. Il faut corriger les erreurs pour faire apparaître la chute de l’histoire.

Pingouins ! : Petits jeux avec les lettres, syllabes, mots écrits. Version lite et achat in-app (2,69€).

Tap the frog (0,89€): nombreux petits jeux dans lesquels il faut lire une courte consigne.

Domino des mots (0,99€) : assembler des syllabes pour retrouver les mots, selon un thème choisi.

Bidule (2,69€ les 5 livres, avec 3 livres gratuits pour essayer) : collection de livres créée pour l’apprentissage de la lecture, avec des phrases courtes et du vocabulaire simple.

Bloups ! (1,79€ les 5niveaux) : jeu de lecture avec complexité progressive (de la syllabe simple au mot irrégulier)

Niki Words (2,69€) : 3 jeux autour des lettres

– Auditif

Cris d’animaux (gratuit) : application de cris d’animaux, à utiliser en loto sonore par exemple, avec appariements sons/images.

Tiny Piano (gratuit) : application de piano virtuel.

Sound Shaker (1,79€) : il s’agit de toucher l’écran pour produire des sons différents.

Phonetic Birds (1,79€) : jeu de discrimination auditive avec progression

Lexico sonore (gratuit) : loto sonore, achat in-app pour débloquer tous les niveaux (2,69€)

Too Noisy pro (2,69€) ou version lite : permet de visualiser l’intensité des sons.

– Logique/Fonctions exécutives

ChocFixFree (gratuit) : variante du Logix

Geared2 (0,89€) : aider un hamster à sortir de sa roue en plaçant des engrenages

FixtheFactory (gratuit) : travail de la planification (variante de Rush Hour)

Interlocked (0,89€) : débloquer des pièces en appréhendant la 3D

UnblockMe (gratuit) : variante du Rush Hour

– Graphisme/Dessin

J’apprends à dessiner (gratuit, achats in-app) : pour réaliser des dessins par étapes

Je dessine pas à pas (1,79€, ou version lite ici : idem

Tableau noir (gratuit, achats in-app) : ardoise (beaucoup d’autres existent).

  • Mes éditeurs préférés

Ces apps ne sont pas classées par domaine, mais vous pouvez acheter chez ces éditeurs les yeux fermés !

– My First Apps, et notamment :

Puzzle Me 1 : 4 pièces, 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Puzzle Me 2 : 9 pièces, 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Build a Toy : nombre de pièces variable, 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Build it up : construction avec plusieurs éléments, 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Series 1Series 2Series 3 : placer des éléments pour continuer une série, avec des relations de taille, couleur, forme, quantité. 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Match it up 1 : appariements d’objets identiques, par exemple couleurs, formes, fruits… 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Match it up 2 : appariements d’objets visuellement liés, par exemple objet/silhouette, grand/petit, côté gauche/côté droit… 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Match it up 3 : appariements d’objets conceptuellement liés, par exemple animal/nourriture, animal/habitat, type de route/véhicule… 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

What’s diff 1 : il s’agit de trouver l’intrus entre 4 images, ici l’image change en raison d’une différence visuelle assez importante, par exemple des différences de couleurs, des catégories sémantiques différentes (ballons/train)… 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

What’s diff 2 : il s’agit de trouver l’intrus entre 4 images, ici l’image change en raison d’une différence visuelle fine ou d’une différence conceptuelle, par exemple plusieurs éléments d’une même catégorie sémantique (bateaux/sous-marin), une forme pleine parmi plusieurs formes vides… 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

What’s diff 3 :il s’agit de trouver l’intrus entre 4 images, ici l’image change en raison d’une différence conceptuelle ou visuelle plus fine encore (mammifères/oiseau, lignes qui se croisent/lignes parallèles…). 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

My mosaic : il faut copier un modèle fait de points, en choisissant la couleur des points et en les plaçant correctement. 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Maze Game 1Maze Game 2Maze Game 3 : jeux de labyrinthes de difficulté croissante. 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Matrix Match 1Matrix Match 2 : tableaux à double entrée à compléter case par case, en combinant le critère de la ligne (par exemple la forme) et celui de la colonne (par exemple la couleur). 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Sort it out 1Sort it out 2 : jeux de catégorisation : les éléments sont à ranger par catégorie (par exemple véhicule sur l’eau, sur terre, dans l’air). 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Families 1Families 2 : jeux de catégorisation plus simples : il s’agit de trouver le dernier élément d’une famille de 4 parmi 7 éléments. 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Opposites 1Opposites 2 : appariements d’images « contraires » au niveau visuel (par exemple endroit/envers), ou conceptuel (jour/nuit, jeune/vieux). 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Baby Chef : jeu de cuisine virtuelle, permettant un travail important sur le vocabulaire. 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

Let’s create : jeu de création avec des formes, des fleurs, des baguettes, etc. 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

My scene : application de stickers. 2 lieux disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres lieux.

My Profession : appariements personnage représentant un métier/objet utilisé dans ce métier. 2 thèmes disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres thèmes.

My House : application de stickers. 2 pièces de la maison disponibles dans la version gratuite, achat in-app (2,69 €) pour 10 autres pièces.

– Tactus Therappy Solutions (en anglais)

Category Therappy (13,99€), disponible en version lite ici

Conversation Therappy (21,99€), disponible en version lite ici

Visual Attention Therappy (8,99€), disponible en version lite ici

Langage Therappy (54,99€), disponible en version lite ici (inclus les 4 apps comprehension, naming, writing, reading)

Comprehension Therappy (21,99€)

Tout n’est pas adaptable en français, c’est pourquoi je vous conseille les versions lite pour tester.

– Studio Pango

Mon coup de coeur, j’adore ces apps. Je les utilise de différentes façons, j’ai même traduit les consignes des livres en Makaton.

Pango Gratuit (gratuit)

Pango et ses amis (2,69€)

Pango se déguise (2,69€)

Pango rêve (2,69€)

Pango joue au foot (2,69€)

Pango Playground (1,79€)

Pango cache cache (2,69€)

– Pepi

Pepi Bath (1,79€), et en version lite ici

Pepi Doctor (1,79€)

Pepi Tree (1,79€), et en version lite ici

– Toca Boca

Toca Builders (2,69€)

Toca Doctor (2,69€) et en version lite 

Toca Cars (2,69€)

Toca Kitchen (2,69€)

Toca Monsters (gratuit)

Toca House (2,69€)

Hair Salon 2 (2,69€)

Fairy Tales (gratuit)

Hair Xmas (gratuit)

Toca Band (2,69€)

etc.

  • Des applications spécifiquement conçues pour les personnes avec TSA

– Learn Enjoy

J’aime beaucoup les 3 apps : BasicsProgress et Preschool (voir le site), qui contiennent de nombreuses activités bien adaptées à mes patients et à la façon dont je travaille.

– Auticiel

Je vous laisse consulter l’article que j’avais écrit sur l’éditeur Auticiel, avec leurs 3 apps : Time In, Autimo, Social Handy.

  • Comme un renforçateur

Il y a également quelques apps dont je me sers comme renforçateurs, qui n’apportent pas un intérêt éducatif très important, mais que certains enfants aiment. Ils peuvent jouer quelques dizaines de secondes avec lorsqu’ils ont effectué la consigne que je leur avais donnée. Je ne les laisse que rarement profiter seuls de l’app, et je m’intègre dans le jeu : je les imite, ou leur propose une nouvelle façon de jouer, ou encore nous manipulons chacun notre tour. Je m’associe (« pairing ») à quelque chose qu’ils aiment (l’app) afin de me rendre moi aussi intéressante.

makanim

Voici quelques-unes de celles que j’utilise, qui sont essentiellement visuelles et font le lien toucher/visuel :

Makanim (gratuit)

Art of Glow (gratuit)

Draw Stars (gratuit)

et aussi :

YouTube (gratuit) : pour des chansons ou des vidéos

Les clipounets : comptines avec dessins animés

Les clipounets 2

Les clipounets de Noël

  • Des outils de gestion du temps

Time timer (4,49€) : la célèbre horloge visuelle

çATED (gratuit) : création d’emploi du temps visuel avec pictogrammes, photos et sons à intégrer.

Niki Agenda (4,49€) : emploi du temps visuel, et économie de jetons à paramétrer

Week planner (1,79€) : emploi du temps visuel

Time in (gratuit) dont je vous parlais dans cet article.

  • Des outils de communication alternative

Niki Talk (gratuit)

Grace (21,99€)

CommunicoTool (29,99€)

Grid Player (gratuit)

  • Des catalogues d’applications

Autism Apps est un catalogue d’apps utiles pour les personnes avec TED, classées par catégories : compétences sociales, livres, emplois du temps visuels, langage… Elles sont toutes en anglais, mais peuvent parfois être adaptées pour les francophones.

DeclicKids

La Sauterelle Tactile

Apio

Ortho & co L’excellent blog de Lydie :-)

et le nouveau site Applications Autisme, site collaboratif répertoriant les applications pour personnes avec autisme.

  • Choix de l’app

Soit c’est moi qui choisit l’app que je veux faire avec mon patient, soit je la lui laisse choisir. Comme je disais, je détourne souvent les supports, donc même s’il choisit une app que je n’aurais pas forcément sélectionnée pour lui, j’arrive toujours à lui faire travailler la compétence que je veux, comme avec des jeux classiques.

Certains de mes patients sont verbaux et retiennent bien les noms des apps qu’ils aiment. Pour les autres, j’ai créé des pictos avec l’icône de l’app et son nom, mis du velcro et placé sur une planche de choix.

Ces pictos peuvent également me servir à confectionner l’emploi du temps visuel de la séance.

picto app

  • Intérêts et limites

Dans les intérêts, je dirais que l’on peut disposer de beaucoup de ressources en peu de place.  L’attrait de l’écran fait de l’outil un renforçateur en lui-même. Il constitue un support de travail de nombreuses compétences, et le nombre d’apps spécifiques ne va aller qu’en augmentant à mon avis.

Cependant, il ne faut pas oublier qu’une des difficultés majeures des personnes présentant un TSA est l’interaction et la communication avec autrui. Or, tant que l’enfant est face à sa tablette, il ne communique pas. De plus, les enfants aujourd’hui sont déjà beaucoup sur les écrans, et la tentation pour les parents peut être de les laisser en autonomie avec la tablette, prétextant qu’il est devant des activités éducatives.

Pour conclure, je dirais donc : la tablette, oui…mais…

– pas seul

– avec une personne formée aux difficultés présentes dans les TSA

– avec un travail complémentaire (et majoritaire) sur la communication et les interactions sociales

– il ne faut pas prendre la tablette pour une solution miracle.

  • A vous…

Les apps dont je parle aujourd’hui constituent une partie de celles que j’utilise, afin de vous donner un aperçu de ce qu’il est possible de faire avec l’iPad en séance avec des patients porteurs de TSA.

Je vous laisse ajouter dans les commentaires les apps que vous préférez, la façon dont vous les utilisez…

N’hésitez pas à visiter l’excellent blog Ortho & Co, notamment cet article et les critiques d’applications (rubrique « en ce moment dans mon iPad »).

Débuter une prise en charge orthophonique avec un patient porteur d’autisme

Après l’évaluation initiale, réalisée en une ou plusieurs fois, l’orthophoniste dégage ses objectifs de rééducation en fonction des compétences et des déficits du patient.

Les premières séances sont très importantes pour créer un climat favorable à la suite de la rééducation. Pour que le patient ait envie de venir en séance, d’entrer en interaction avec l’orthophoniste, et plus tard de pouvoir exécuter des consignes, l’orthophoniste doit pourvoir être suffisamment « renforçant », intéressant en lui-même.

pairing

Le pairing

Pendant une certaine période (qui peut aller de quelques séances à…quelques mois ?), l’orthophoniste va faire ce que l’on appelle du pairing, jouer à la « bonne grand-mère » comme on dit dans le PECS. Autrement dit se rendre agréable pour le patient.

Le pairing est le fait d’associer un événement neutre (l’orthophoniste) à un événement positif (les activités, les jeux que le patient aime) pour qu’ensuite l’événement neutre devienne un événement positif à lui tout seul : en vous voyant, le patient saura qu’il ne va lui arriver que des expériences agréables. Au fur et à mesure, vous introduirez une consigne, que le patient exécutera facilement car il sait que tout de suite après il aura quelque chose d’agréable. Puis une autre consigne, etc. C’est ainsi que vous aurez mis en place (de façon très simplifiée) le « contrôle instructionnel » (voir cet excellent article de Robert Schramm traduit par Olivier Bourgueil ici). C’est également de cette façon que vous allez pouvoir susciter des demandes d’objets ou d’activités que le patient aime et que vous lui donnez à coup sûr.

Préparation

– identifiez avec les parents des renforçateurs, c’est-à-dire des objets, activités, aliments qui plaisent à l’enfant et qui le motivent.

– pensez dans les activités aux jeux moteurs, plutôt de courte durée (moins de 10 secondes), par exemple : le balancer dans vos bras, le faire tourner dans vos bras, le faire sauter, le tirer par les pieds, le rouler dans une couverture, le faire tourner sur une chaise de bureau, danser avec lui,… Les enfants porteurs de TED ont fréquemment des difficultés de régulation vestibulaire, et ce sont donc des activités qui sont susceptibles de leur plaire.

– pensez à des activités où l’enfant a besoin de vous, des activités qu’il ne peut pas faire seul, par exemple : faire des bulles, mettre de la musique, lancer un dessin animé (pensez à YouTube et ses ressources inépuisables de chansons enfantines), ouvrir un pot de pâte à modeler…

– proposez des jeux en plusieurs parties (kaplas à empiler, dominos à aligner debout, legos à construire, M. Patate à assembler) pour créer de multiples occasions de vous rendre intéressant. Vous donnerez les pièces au fur et à mesure, sans parler, puis en augmentant petit à petit les exigences selon le niveau de l’enfant : donner quand il vous regarde, puis quand il demande.

pairing2

Principes de base : à faire

– aidez l’enfant à faire ce qu’il veut faire : si quelque chose est trop difficile pour lui, vous pouvez l’aider sans attendre qu’il vous le demande, pour qu’il ne se désintéresse pas de l’activité pour une mauvaise raison. Par exemple, les enfants porteurs de TED ont souvent des difficultés de motricité fine, vous pouvez les aider à assembler les legos ou à mettre des dominos debout.

– quand vous êtes avec l’enfant, toujours l’observer, essayer de voir ce qu’il regarde car il regarde certainement ce qui l’intéresse même s’il ne peut pas encore le verbaliser.

– l’miter quand il fait quelque chose d’adapté. Par exemple, s’il met des personnages dans une boîte prenez d’autres personnages (pas les siens !) et mettez les dans une boîte aussi, sans commenter.

– mettez en hauteur les objets que l’enfant aime, de telle sorte qu’il soit obligé de passer par vous pour les obtenir : dès qu’il regarde un objet, vous pouvez lui donner gratuitement.

– notion de déprivation : une personne a toujours plus envie de quelque chose qu’elle ne peut pas avoir souvent ou beaucoup, que de quelque chose qu’elle peut obtenir en libre accès. C’est mieux si l’enfant s’ennuie un peu avant de vous voir, ou s’il a un peu faim si les renforçateurs adaptés sont alimentaires. Vous serez d’autant plus intéressant !

Principes de base : à ne pas faire

– ne lui prenez pas son activité même si c’est pour lui redonner tout de suite après. Vous seriez associé à une expérience négative.

– ne parlez pas sauf pour dire le nom de l’objet que l’on donne pour induire ensuite les demandes : parfois la voix de l’adulte est désagréable pour l’enfant, y compris quand vous l’encouragez ou le félicitez.

– ne donnez pas de consigne, ne posez pas de questions, même si c’est en rapport avec le jeu. Ne dites pas « mets ton personnage ici, fais le sauter, qu’est ce que c’est » : déjà l’enfant ne comprend peut-être pas ce que vous lui demandez, et ensuite ce n’est pas intéressant pour lui de jouer avec vous s’il ne peut pas faire ce qu’il veut et qu’il doit répondre à des questions.

– ne pas courir après l’enfant ou chercher à le rattraper : vous voulez qu’il vienne avec vous de lui- même. Assurez-vous d’avoir quelque chose d’assez motivant pour lui. S’il part c’est que ce n’est plus assez intéressant.

Évolution

– si l’enfant semble moins content, regarde moins, demande moins bien que ce qu’il faisait, proposez autre chose. C’est qu’il n’est plus assez intéressé. Ne commencez pas à mettre davantage de guidance.

– s’il semble toujours intéressé et progresse toujours dans les interactions (regarde mieux, commence à demander, prononce mieux), continuez. Même si cela signifie qu’il vous faudra chanter la même comptine 100 fois en 30 minutes…

– proposer des activités variées et nouvelles en lien avec ce que vous savez que l’enfant aime. Changez vos supports pour lui permettre d’augmenter son répertoire d’intérêts. Par exemple si un enfant aime la musique, vous pouvez lui proposer de chanter, de mettre de nouvelles chansons sur YouTube, de jouer avec des jeux musicaux, des peluches musicales, des jeux cause/effet musicaux, des instruments de musique…

Au cours de la prise en charge, il faudra veiller à vous assurer d’être toujours assez agréable pour l’enfant, et de toujours continuer à évaluer les activités qui le motivent.

Et vous ? Comment vous rendez vous agréable? Êtes vous suffisamment motivant ;-) ?

L’économie de jetons

  • Qu’est-ce que c’est ?

Une économie de jetons sert à différer le moment où l’on donne le renforçateur.

On donne à la personne des jetons au fur et à mesure de la réussite de la tâche cible ou du comportement voulu, qu’elle pourra échanger ensuite contre un renforçateur.

Elle peut être utilisée dans de nombreuses situations, et pas seulement avec les personnes présentant un TED.

C’est le principe de la carte de fidélité, où l’on vous met un tampon à chaque achat, et au bout de 10 achats vous avez une réduction ou un cadeau. L’objectif est que le comportement «venir dans cette boutique» se maintienne voire même augmente en fréquence, en vous renforçant par une récompense.

C’est un renforcement :

positif : on cherche à mettre en place ou à maintenir un comportement en donnant quelque chose d’agréable.

conditionné : par association avec les renforçateurs, les jetons vont devenir eux-mêmes renforçants, donc renforçateurs conditionnés, alors qu’ils ne sont pas agréables en eux-mêmes. C’est la même chose pour l’argent : nous sommes contents d’obtenir de l’argent, alors que ce ne sont  pas les ronds en métal ou les morceaux de papier qui nous renforcent mais ce que l’on peut faire avec.

généralisé : ils peuvent être échangés contre une grande variété de renforçateurs, selon une règle d’échange précise et définie préalablement.

  • Pourquoi l’utiliser ?

– Pour différer le moment où l’on donne le renforçateur tangible, tout en gardant un délai bref entre le comportement attendu et le renforçateur (qui est conditionné dans le cas des jetons)

– Pour pouvoir renforcer un comportement à tout moment, même au cours d’une activité et sans interrompre celle-ci

– Pour enseigner les bases du fonctionnement de l’économie dans la société

– Pour renforcer les comportements de plusieurs personnes en même temps, dans un groupe d’enfants par exemple

– Pour responsabiliser les enfants, tout en gardant des renforçateurs plus concrets que de simples félicitations, auxquelles tous ne sont pas sensibles

– Pour inciter les enfants à faire un choix dans les renforçateurs, à économiser des jetons pour avoir un renforçateur plus puissant (autogestion, self control)

  • Exemples d’utilisation

Je l’utilise dans plusieurs situations, avec mes patients présentant tous types de pathologie :

– en séance : en récompense après une tâche difficile, quand un comportement cible est émis…

– à la maison : tableau de récompenses de la propreté, des devoirs, de l’autonomie…

tableau propreté

  • Règles de mise en place

Il y a des règles importantes à respecter :

– cibler la tâche à réussir ou le comportement à renforcer. Cela peut être très varié : faire ses devoirs seul, réussir une activité, exécuter une consigne, mettre la table… Il faut demander un comportement positif et non une absence de comportement négatif : on préfère donc «je reste calme dans la salle d’attente» à «je ne dois pas m’agiter et parler fort dans la salle d’attente»

– choisir les jetons à donner. Ils doivent rester visibles : ils peuvent donc être des gommettes à coller, des croix ou des smileys à dessiner. Pour les enfants qui auraient du mal à comprendre le principe, on peut donner des morceaux de puzzle qui reconstitués forment le renforçateur… Le jeton ne doit pas être renforçant en lui-même (pas d’image d’un personnage aimé par exemple) car l’objectif ne doit pas être d’obtenir un seul jeton mais plusieurs pour avoir le renforçateur choisi.

– identifier les renforçateurs que l’on pourra échanger contre les jetons économisés. Ils peuvent être eux aussi très variés, dépendent des intérêts et du niveau de l’enfant : renforçateur alimentaire, petit moment d’une activité aimée (jouet, musique, jeu moteur, console, dessin animé), responsabilité à la maison, sortie, invitation d’un ami… Les renforçateurs peuvent coûter plus ou moins « cher » par exemple 5 jetons pour un bonbon, 10 jetons pour 5 minutes de DS, 50 jetons pour un MacDo, etc. L’enfant pourra alors choisir d’économiser ses jetons pour avoir une récompense plus importante, ou de les dépenser rapidement pour avoir une récompense immédiate.

– établir les règles de l’échange entre jetons et renforçateur : combien de jetons faut-il ? peut-on les échanger à tout moment ? avec tout le monde ? Ces règles doivent être écrites sur le support et être facilement consultables et comprises.

– ne pas signaler le jeton quand on le donne : «tiens, super, tu as gagné un point !». Le but sera de se débarrasser à terme de ce support visuel. On félicite donc le bon comportement ou la réussite de la tâche (qui est la cible) mais pas le fait de gagner un jeton (qui n’est pas la cible). On associe toujours le fait de donner un jeton avec un renforçateur social.

  • Progression 

Au départ, lors de la mise en place de la première économie de jetons, on commence par 1 ou 2 jetons à obtenir, sur des tâches très simples déjà connues de l’enfant, ou des comportements qu’il effectue déjà.

Si on décide qu’un renforçateur coûte 5 jetons, on place par avance 4 jetons sur le support, et l’enfant doit exécuter une tâche pour avoir le dernier puis échanger les jetons tout de suite contre le renforçateur. Puis on place seulement 3 jetons à l’avance, puis 2… On préfèrera progresser de cette façon, avec un renforçateur qui coûte au final toujours 5 jetons, plutôt qu’un renforçateur qui coûte d’abord 1, puis 2, puis 3, puis 5 jetons, car un renforçateur qui coûte de plus en plus cher génère de la frustration et perd de son intérêt.

EJ

Lorsque le comportement est réalisé, on donne le jeton à l’enfant, et on le guide (suivant la guidance qui lui est la plus adaptée) pour poser le jeton sur le support et procéder à l’échange. Puis avec la technique de l’enchaînement arrière, on le guide de moins en moins en partant de la fin, toujours avec un seul jeton à obtenir avant de procéder à l’échange.

Quand il peut placer seul le dernier jeton et faire l’échange, on passe à 2 jetons : il va certainement vouloir faire l’échanger après un seul jeton, il faut à ce moment l’en empêcher, lui proposer une tâche très rapide et facile pour avoir le dernier jeton puis procéder à l’échange.

Puis on augmente progressivement le nombre de jetons à obtenir, en réduisant ceux qui sont placés à l’avance.

  • Variations possibles

Les règles des échanges peuvent changer, en faisant attention aux variations que l’on propose pour ne pas entraîner une frustration trop importante. On pourra alors augmenter le nombre de jetons à avoir pour obtenir le renforçateur, augmenter le délai entre 2 échanges…

On peut mettre en place un système où des jetons sont repris en cas de comportements inadaptés, mais attention ! surtout pas dès le début ! et même ensuite, cela reste une procédure de punition, on essaiera de l’éviter, car elle crée des réponses émotionnelles négatives, des échappements, des associations entre l’économie de jetons et la punition…

Présence de l’accompagnant pendant les séances d’orthophonie

Lorsque je reçois des patients porteurs de TED, ils peuvent être accompagnés par différentes personnes :

– leurs parents

– leur AVS

– leur accompagnant psycho-éducatif (dans le cadre d’une prise en charge éducative intensive)

– leur psychologue (par exemple superviseur des APE)

– leur nourrice/baby-sitter

– un autre membre de la famille

– …

Quelle que soit la personne, je lui propose si cela est accepté par le patient et les parents d’assister à la séance d’orthophonie, et de participer.

accompagner

  • Comment ?

A part pour les évaluations, j’invite les personnes qui gravitent autour de l’enfant à venir dans le bureau pour le temps de la séance si cela ne perturbe pas l’enfant.

Je ne force pas bien sûr à prendre part aux activités, il peut s’agir seulement d’observations et d’échanges.

Il peut également être intéressant de bénéficier de la présence d’un tiers pour la mise en place du PECS, où une personne tient le rôle d’incitateur physique et guide les gestes de l’enfant. On peut ensuite échanger les rôles (l’accompagnant devient l’interlocuteur et je suis le facilitateur) afin de bien comprendre le système du PECS pour pouvoir l’utiliser dans tous les lieux de vie de l’enfant.

  • Pourquoi ?

La guidance des intervenants, et notamment des parents, est indispensable dans le cadre des TED. Souvent le fait d’assister à la séance et de voir concrètement ce que je fais permet d’engager une conversation.

Avec les professionnels qui interviennent dans le quotidien éducatif et therapeutique de l’enfant (APE, AVS, psychologue), nous échangeons sur les objectifs prioritaires, les généralisations, les comportements à problème du moment, afin de trouver ensemble des solutions adaptées. L’important est que nous puissions travailler dans le même esprit, avec les mêmes méthodes, pour tous apporter les mêmes réponses à un comportement donné.

Avec les personnes non professionnelles (parents, nourrice, membre de la famille), il s’agit davantage de les « former » à l’attitude à avoir, par exemple la mise en place des guidances, des renforçateurs, la manière de communiquer, de susciter les demandes.

D’une manière générale, il me semble que c’est grâce aux échanges avec les intervenants que l’on peut avancer.

  • Autres cas

S’il n’est pas possible que l’accompagnant assiste à la séance (refus de l’enfant, séance rendue très difficile…), je prends du temps après la séance pour expliquer ce que nous avons fait, les compétences travaillées, les comportements observés. C’est là encore un moment d’échange : il ne s’agit pas de dire « c’est comme ça qu’il faut faire », mais véritablement de confronter nos expériences et nos points de vue, qui sont différents selon les intervenants.

De la même façon, si ce ne sont pas les parents qui accompagnent leur enfant aux séances, nous essayons de nous contacter régulièrement par téléphone, mail ou rendez-vous en dehors de la présence de l’enfant pour faire le point sur la prise en charge. J’essaie également d’échanger le plus possible avec les autres intervenants (enseignant, psychologue, psychomotricien, médecin) et d’assister aux équipes de suivi de scolarisation.

Les entrevues ou réunions physiques et téléphoniques, qui se déroulent hors de la séance avec l’enfant, ne sont pas prévues à la nomenclature des actes d’orthophonie : l’orthophoniste prend sur son temps libre ou annule des séances d’autres patients, et n’est pas rémunéré pour ces réunions.

Intérêt de la vidéo en orthophonie

L’année dernière, j’ai investi dans un matériel vidéo pour le cabinet, et je ne le regrette absolument pas.

  • Utilisations de la vidéo

Je filme principalement les évaluations, mais il m’arrive aussi parfois de filmer certaines séances.
À l’IME nous filmons les activités, les repas dans une perspective d’observation pluridisciplinaire et d’analyse des comportements.

Je travaille sur Mac et utilise le logiciel iMovie ’09 pour les montages (je n’en avais jamais fait avant, il est très simple).

film

  • Intérêts

– Pour moi : cela me permet d’observer après l’évaluation les comportements, les réponses, le regard… que je n’ai pas toujours le temps d’observer pendant la passation des épreuves. Je m’appuie sur la vidéo de l’évaluation pour rédiger mon compte rendu de bilan orthophonique.
Je peux également comparer et quantifier l’évolution après plusieurs semaines, mois, années. Nous oublions parfois comment était l’enfant quand on l’a rencontré, 6 mois, 1 an, 5 ans auparavant. La vidéo permet de s’appuyer sur des éléments concrets, mesurables et observables.
– Pour les autres intervenants de l’enfant (parents, éducateurs, psychologue…) : il s’agit de pouvoir montrer par les images comment se déroulent les séances, les évaluations, comment se comporte l’enfant avec moi. Là encore il s’agit de pouvoir observer et quantifier des comportements, et de voir s’ils sont les mêmes dans plusieurs contextes.

  • Mon matériel

A titre indicatif, voici le matériel que j’ai acquis :

– caméscope HD Canon Legria HFR27

canon

– trépied

trépied2

– pochette de transport

  • Avis

C’est devenu un outil indispensable pour moi. C’est un investissement au départ, mais qui me sert aujourd’hui énormément.

On peut observer beaucoup d’éléments avec une vidéo, que l’on ne voit pas toujours quand on est dans l’ « action ». Cela permet également d’évaluer ses propres attitudes, de repérer ses erreurs pour essayer de se corriger.