Autisme : les avancées de la recherche (colloque organisé par la Fondation Orange) – partie 2

Samedi 29 septembre 2012, je me suis rendue au colloque de la Fondation Orange intitulé Autisme : Les avancées de la recherche, qui avait lieu à l’institut Pasteur (Paris 15e).

fondation orange

Ce colloque était gratuit, repas de midi compris. Les intervenants, choisis par la Fondation Orange, ont tous bénéficié ou bénéficient actuellement du soutien financier de la Fondation Orange pour leurs recherches dans le domaine de l’autisme.

Je vous propose ici ce que j’ai retenu de chaque intervention. Ceci peut constituer une base de recherche concernant les dernières avancées scientifiques en matière d’autisme.

  • Troubles anxieux dans les troubles envahissants du développement : présentation d’une étude pilote (Myriam Soussana, Doctorante en Psychologie)

Des facteurs de risque des troubles anxieux dans les TED sans déficience intellectuelle ont été mis en évidence, parmi lesquels un QI élevé, la période de l’adolescence et le déficit social. Ces troubles se caractérisent par des phobies spécifiques et peu de troubles obsessionnels compulsifs. Il n’y a à l’heure actuelle que de peu diagnostics posés sur ces troubles anxieux, et pas de prise en charge spécifique. Les objectifs sont de proposer des outils de diagnostics, et d’adapter les prises en charge : thérapies cognitivo-comportementales, entraînement aux habiletés sociales, aux reconnaissances des visages.

  • Nouvelles approches du diagnostic précoce du trouble du spectre autistique (Bernadette Rogé, Professeur en Psychopathologie Développementale à l’Université de Toulouse)

Le programme « dépistautisme », lancé avec le concours des médecins et personnels de la petite enfance dans la région Midi-Pyrénées, a permis un dépistage de l’autisme à grande échelle. Les outils utilisés, qui sont l’association du CHAT et du M-CHAT, montrent une bonne sensibilité et une bonne spécificité, c’est-à-dire que ce sont des outils fiables.

Les indices comportementaux (subjectifs) sont mis en lien avec les indicateurs objectifs : périmètre crânien, IRM, oculométrie (eye tracking).

Le dépistage et le diagnostic précoce sont très importants car ils conditionnent l’accès à des mesures d’interventions précoces, notamment en orthophonie.

  • Apport de l’oculométrie (eye tracking) dans le diagnostic précoce de l’autisme (Quentin Guillon, Doctorant en Psychologie à l’Université de Toulouse)

Les récentes découvertes apportées par l’eye tracking dans le domaine de l’orientation du regard sur les visages pourraient contribuer au diagnostic de l’autisme. Il ne s’agit pas d’un marqueur exclusif, mais combinée aux observations comportementales, l’oculométrie pourrait apporter des informations intéressantes et des perspectives dans l’amélioration du diagnostic précoce des troubles du spectre autistique.

  • Comment accompagner une personne avec autisme dans le domaine de la santé bucco-dentaire : l’exemple du Programme Autisme et Santé Orale (Eric-Nicolas Bory, Odontologiste et Epidémiologiste, Centre Hospitalier Le Vinatier, et Sandra Miranda, Chirurgien Dentiste et Juriste Manager en Santé, Responsable du PASO)

Les affections dentaires peuvent être à l’origine ou majorer les troubles du comportement des personnes autistes. Parallèlement, ce sont aussi des patients qui ont des difficultés de compréhension verbale, des hypersensibilités, des angoisses liées aux changements et à la nouveauté. Ce sont donc souvent des personnes à risque car en échec de  prévention et de soins bucco-dentaires. C’est aux professionnels de s’adapter à ces patients différents.

Le PASO s’appuie sur le programme TEACCH pour structurer l’espace du cabinet dentaire, le temps et la communication grâce à des supports visuels.

Il associe :

– une familiarisation progressive de l’espace du cabinet dentaire, avec visite d’un cabinet de démonstration

– une bande son présentant les outils du dentiste et les bruits qu’ils produisent, afin que le patient s’y habitue avant la consultation

– une découverte d’un vrai cabinet avec le dentiste, mais sans les soins

– le suivi bucco-dentaire avec les soins éventuels

– des recommandations aux familles et aux aidants au niveau de la prévention de la santé bucco-dentaire

– un calendrier de brossage de dents (sous forme de tableau de récompenses)

– un carnet de liaison

Visitez le site du PASO, les outils y seront diffusés en juillet 2013.

Pour obtenir une liste des cabinets dentaires participants, renseignez-vous auprès du Conseil de l’Ordre des Chirurgiens Dentistes de chaque département.

  • Prise en charge précoce (Nadia Chabanne, Praticien Hospitalier, Responsable du Centre de Référence des TSA, Hôpital Robert Debré, Directeur du Programme Pilote Accompagnement Précoce des TSA)

L’équipe du Dr Chabanne a mis en place une étude pilote de prise en charge précoce, auprès de 5 enfants résidant à Paris. Après orientation par les médecins de PMI et de crèche pour suspicion de TED, un bilan pluridisciplinaire est effectué (à l’aide notamment du VB-MAPP).

Ensuite, une intervention intensive est proposée par une équipe pluridisciplinaire. Le programme est celui du Pivotal Response Training de Koegel associé au PECS. Il ne s’agit pas d’un modèle exclusif, le but est la généralisation et le partage des stratégies avec les parents. Il est donc proposé : une intervention à domicile de 2 heures 3 fois par semaine, un groupe de socialisation 1 fois par semaine, des réunions de suivi et de supervision, une évaluation tous les 2 mois avec la VB-MAPP, et une orientation post-programme.

L’objectif est de modifier le plus rapidement possible les trajectoires développementales à un très jeune âge.

  • Que peut faire l’imitation pour l’autisme ? (Jacqueline Nadel, Directeur de Recherches CNRS, Centre Emotion, Hôpital La Pitié Salpêtrière)

L’imitation est une fonction très plastique : elle se développe quand on l’utilise. Elle commence très tôt, un nouveau-né peut imiter une personne qui tire la langue, en réel ou sur une image en 2D. On dit souvent en recherche que les personnes autistes ont des difficultés d’imitation. Cependant il semblerait que certains types d’imitation soient intacts.

Les enfants non verbaux avec autisme peuvent relier des patterns moteurs à ceux de l’autre par imitation, et ceci spontanément lors d’une interaction.

Le Dr Nadel utilise le paradigme du « still face » pour que l’enfant comprenne qu’il est imité : 3 minutes de visage impassible, 3 minutes d’imitation réciproque, 3 minutes de visage impassible.

Les objectifs du travail de l’imitation sont : le tour de rôle, la synchronie, le partage d’intérêt, l’enrichissement du répertoire moteur. Il n’y aurait pas d’âge pour progresser dans la communication grâce à l’imitation.

On n’utilise pas de miroir, qui a un reflet statique, ne fait rien apprendre en terme de nouveau répertoire et fait disparaître l’aspect social.

  • Comment les avancées de la recherche éclairent la pratique ? (Frédérique Bonnet-Brilhault, Professeur au CHU Bretonneau de Tours et Emilie Meaux, Docteur en Neurosciences)

Il a été découvert que les réseaux neuronaux de sensibilité au changement étaient très connectés à la perception visuelle (exemple avec une vidéo d’un rond qui s’aplatit légèrement plusieurs fois : le cerveau s’active plus chez les enfants autistes que chez les neurotypiques).

Ce que l’on voit, c’est le comportement ; mais ce que l’on veut changer et développer, ce sont les fonctions cognitives qui sont déficitaires.

Les intervenants présentent la TED : thérapie d’échange et de développement. Les objectifs sont de partager les émotions, la motivation et la régulation pour réorganiser les réseaux neuronaux.

Les effets de la TED sont évalués cliniquement, mais aussi en électrophysiologie : en rééduquant les fonctions cognitives, on améliore les éléments visiblement cliniquement ainsi que l’activité cérébrale.

 

Le portail autisme de la Fondation Orange : www.autisme.fr

 

Retrouvez les autres interventions de ce congrès ici partie 1

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