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Comment travailler… les demandes (2)

Pour poursuivre le travail des demandes, je vous propose aujourd’hui des activités à effectuer en séance qui sont axées autour de cette fonction de communication.

Comment travailler… les demandes (1)

La demande est la fonction de communication la plus importante. C’est la première compétence de communication qui doit être mise en place chez une personne autiste, car c’est la première à émerger dans le développement normal de l’enfant. Elle devra être fonctionnelle et spontanée avant de pouvoir travailler une autre fonction de communication (faire des dénominations, répondre à des questions,…).

De plus, de nombreux troubles du comportement sont souvent mis en place par les personnes avec autisme car elles ne savent pas demander ce qu’elles veulent (ou ne veulent pas).

  • Eviter d’anticiper les besoins

Avec les personnes porteuses d’autisme, et plus généralement les personnes avec un développement atypique ou des difficultés de communication, nous avons naturellement tendance à anticiper tous leurs besoins. Nous cherchons à aller plus vite ou à les aider spontanément.

Cependant si nous voulons qu’une communication émerge, il faut essayer d’éviter de trop anticiper les besoins et donc les demandes.

La communication naît à partir d’une certaine forme de frustration ou de déprivation. S’il lui manque un élément indispensable et motivant, l’enfant va tenter de demander cet élément. Ce sera ensuite à nous de lui enseigner une forme de communication adaptée en partant de cette envie de demander : oral, signes, images…

  • Les premières demandes

Une multitude de choses peuvent être demandées :
– des aliments : nourriture, boisson
– des jeux : activités 1er âge, voitures, kaplas, legos, bulles,…
– des interactions motrices : balancer, faire tourner, porter, faire sauter, chatouiller, courir après…

bonbon

C’est pendant la phase de pairing, les premières séances avec l’enfant où vous faites tout pour vous rendre agréable, que vous allez recenser ce que l’enfant aime (ses renforçateurs) et donc ce qu’il va pouvoir vous demander.

On essaie de privilégier des choses « consommables », c’est-à-dire que l’enfant utilise pendant un moment mais que vous n’aurez pas besoin de lui reprendre pour qu’il effectue une nouvelle demande. On donne alors en toute petite quantité pour susciter de nombreuses demandes et interactions. Par exemple si l’enfant est motivé pour demander un bonbon, je ne donne pas bien sûr un bonbon entier à chaque demande. Je découpe un bonbon gélifié type crocodile en 15 morceaux au moins, un carré de chocolat en petites pépites. S’il est motivé pour un jeu moteur (balancer, tourner) je le lui fais 3 à 5 secondes. S’il aime une musique ou un dessin animé je le/la passe 5 secondes. S’il aime les kaplas ou les legos, je les donne un par un, etc. Il faut garder à l’esprit que si l’enfant est rassasié rapidement, il n’aura plus besoin de demander. Et nous voulons qu’il demande pour des choses qu’il veut vraiment et pas pour nous faire plaisir !

  • Comment faire ?

On s’assure que l’enfant désire réellement l’objet, si par exemple il le regarde ou tend la main vers l’objet, on lui donne la première fois « gratuitement » en disant le nom. On ne pose pas de questions, on ne fait pas de commentaires superflus.

A chaque fois que l’on voit qu’il veut à nouveau ce que nous avons, on place l’objet à hauteur de notre visage, on dit le mot et on donne l’objet. Tout cela doit aller assez vite, mais être fait dans cet ordre. On dit le nom précis de l’objet ou de l’activité : on ne dit pas « encore », « manger », « jouer » mais « bulles », « bonbon », « kapla », « balancer », « courir ». On le dit assez fort, distinctement, et sur un ton affirmatif et non interrogatif, car c’est ainsi que l’enfant devra demander.

Au bout de quelques fois, on attend un peu (pas plus d’une ou 2 secondes) entre le moment où l’on dit le mot et le moment où l’on donne l’objet. Si l’enfant répète, on lui donne tout de suite. Il est inutile de le féliciter : la conséquence normale d’une demande est l’obtention de l’objet et non une félicitation (qui sera la conséquence d’une dénomination !). On ne dit pas non plus « ah tu veux les bulles ? » S’il ne répète pas, on continue à dire le nom de l’objet, et on n’attend jamais plus de 3 secondes avant de le lui donner. Il faudra si besoin lui enseigner un moyen alternatif pour demander (image ou signe).

Dans le cas de l’utilisation d’un moyen alternatif, comme pour l’oral, on procède avec une guidance que l’on va estomper : on guide physiquement l’enfant à donner l’image ou à signer, puis on retire cette guidance physique.

Si l’enfant commence à moins bien regarder, à moins bien répéter (ou signer ou donner l’image), c’est qu’il n’est plus assez motivé pour obtenir l’objet et qu’il faut à nouveau évaluer ses renforçateurs. Il est inutile d’apporter une guidance plus importante ou de baisser nos exigences.

La procédure est la même dans le cas d’un enfant qui utilise l’échange d’images ou les signes pour demander.

On n’enseigne pas à faire une phrase type « je veux des bulles » car cela ne veut rien dire pour l’enfant. Souvent il demandera moins car c’est trop difficile de dire la phrase entière. On peut se référer au développement normal de l’enfant : un petit fait d’abord plein de demandes différentes avec un mot, toute la journée, puis beaucoup plus tard, commence à associer « veux + … ». Par contre on enseigne à demander des noms (pour les jeux et la nourriture) et des verbes à l’infinitif (pour les activités motrices).

lego

  • Evolution

Il faut essayer d’enseigner tous les mots nouveaux à l’enfant sous forme de demandes, en modifiant l’environnement, en suscitant des demandes variées de choses qui vont lui manquer pour faire ce qu’il veut. Par exemple, fermer une porte à clé avec quelque chose d’intéressant pour lui dans la pièce pour enseigner le mot clé. Enfermer un objet convoité dans une boîte que l’enfant ne peut ouvrir seul pour enseigner le mot « ouvrir », etc…

Quand les enfants commencent à demander pour beaucoup de choses différentes spontanément, nous faisons des jeux où il faut se demander des choses : des éléments pour reproduire un modèle, des pièces pour compléter un encastrement, etc. Je vous détaillerai les jeux que j’utilise pour continuer à travailler cette fonction dans un prochain article.

Comment travailler…l’imitation

L’imitation est indispensable pour acquérir de nouvelles compétences. C’est en regardant ce que font les autres qu’un enfant peut apprendre à diversifier son répertoire d’actions et à acquérir de l’autonomie.

D’une façon générale, il est souvent intéressant d’avoir du matériel en double exemplaire, pour permettre de nombreuses activités d’imitation. L’imitation n’est pas travaillée isolément, elle est en lien avec le regard, l’attention conjointe, l’interaction, le tour de rôle, la mémoire, la coordination…

miroir

  • Principes à respecter

Quelques notions sont importantes à respecter dans la progression du travail de l’imitation, comme dans l’apprentissage d’autres compétences.

– La guidance : il faut faire attention à la guidance que l’on utilise, et la diminuer progressivement

– Les renforçateurs : ils doivent être adaptés à l’enfant et à la situation, et sont également à diminuer au fur et à mesure

– La progression des activités : on va du plus simple et court vers le plus complexe et long, on part d’un modèle en réel (nous-mêmes), puis un modèle en jouets puis un modèle imagé. Par exemple, pour l’imitation du geste « se toucher la tête », on peut d’abord se toucher la tête nous-mêmes et demander à l’enfant de faire pareil, puis on fait toucher sa tête à un personnage ou une peluche, puis on passe à une carte où un personnage se touche la tête. On va du concret vers le plus abstrait et symbolique.

– Le temps de latence : il peut être important chez les personnes porteuses de TED. Il faut donc penser à attendre après avoir donné une consigne, que l’information soit traitée pour que la consigne puisse être exécutée.

– La nécessité de répétition : une compétence peut être travaillée pendant plusieurs jours, semaines, mois, en diminuant la guidance, avant de pouvoir être considérée comme acquise.

Voici quelques idées d’activités et de matériels que j’utilise en séance.

 

  • Imitation motrice

Matériel : pot/bâton, corps, pâte à modeler, environnement, cartes de mimes

Activités :

– taper sur le pot avec un bâton : soit chacun a son bâton, soit on tape chacun son tour avec un bâton. On peut faire varier de nombreux paramètres : intensité (fort/doucement), fréquence (vite/lentement), on peut aussi travailler de petites séquences rythmiques

– toucher des parties de notre corps en demandant d’imiter : d’abord une puis plusieurs à la suite

– faire des mouvements de bras, de jambes…

– jouer avec la pâte à modeler : imiter ce que fait l’enfant, faire nous-mêmes des formes et demander de faire pareil

– chanter des comptines à gestes : en utilisant des gestes conventionnels ou non

– exécuter des actions avec les objets ou meubles de l’environnement naturel : fermer la porte, monter sur la chaise, toucher un livre, allumer la lumière

– de nombreux jeux proposent des cartes avec des positions à mimer : Mime les actions, Les parties du corps, Les cartes animalières, Les cartes motricité globale, Pouet pouet, Mimons ensemble, Mimomonstres

  • Imitation de mimiques

Je place l’imitation des mimiques et le travail bucco-facial à part car il y a beaucoup à travailler sur ce plan, même s’il fait bien sûr partie de l’imitation motrice.

Activités : on part comme pour les autres domaines d’imitation de notre propre visage, en faisant des grimaces, mimant des émotions… Il est utile de travailler avec un miroir.

Il peut également être intéressant d’agir en contexte, en ayant la possibilité de travailler avec les parents. Par exemple, dans la vie quotidienne, quand l’enfant est content, et qu’il sourit naturellement, on peut le verbaliser, lui montrer dans un miroir comment est son visage quand il sourit, sourire à notre tour, … Idem quand il est triste, en colère…

Il existe là encore de nombreux matériels travaillant les praxies bucco-faciales et les mimiques d’émotions : Mimic, Jeux de visages, L’esprit des autres, Loto des expressions, Kit des émotions, Grimassimix, Zygomar, Monstre-moi, Sammys quartett, MimiQ, Grimaces, Les expressions du visage, E-motions, Colorcards Sentiments, …

  • Imitation d’utilisation d’objets

Matériel : lunettes, brosse à cheveux, peigne, brosse à dents, gant de toilette, cuillère, verre, fourchette, téléphone, crayon, chapeau, instruments de musique, ballon, poupée

Activités : on montre à l’enfant comment on utilise l’objet sur nous-mêmes, puis on le lui fait utiliser sur lui, sur nous, sur une poupée… Ce travail favorise l’autonomie dans la vie quotidienne, il est à travailler souvent. Les personnes porteuses de TED ont des difficultés à utiliser les objets de façon adaptée, et les gestes usuels sont donc à enseigner avec patience. Là encore, on diminuera les guidances progressivement, on fera varier les supports et les renforçateurs.

Le jeu Pantomime est intéressant dans ce domaine.

  • Imitation de placement objets

Matériel : jouets en double de type playmobils, personnages, objets, poupée, accessoires, lego, images (de mémory par exemple)

Activités : L’adulte et l’enfant ont chacun une corbeille de matériel identique. L’adulte place les objets/legos/images et l’enfant doit faire pareil. Des éléments de progression peuvent être les suivants :

– augmenter le nombre d’objets, en commençant par 2 ou 3

– partir d’objets très différents puis réduire les différences pour favoriser l’attention et la discrimination

– placer les objets en ligne, puis faire varier les positions : devant, derrière, sur, sous…

– faire varier les postures des personnages : assis, couché, debout

– commencer par placer un objet et demander de faire pareil, puis mettre 2, 3 objets en même temps et demander ensuite de faire pareil

– construire une scène finie, et demander de faire pareil : on peut donner les objets un par un, puis tous les objets sans intrus, puis une corbeille avec des intrus

– on peut également travailler avec des cartes de modèle avec des scènes à construire. Soit en les faisant nous-mêmes (prendre des photos de scènes de playmobils, de constructions en lego, d’images), soit avec des jeux existants : Atelier topologie 1 et atelier topologie 2, Pragma, Promenade au parc, La chambre de Léa, Château fantômes, Les bobinettes, Les dragonneaux, Toporama, Colorcubes, Construction tridimensionnelle, Castle Logix, et tant d’autres…

  • Imitation vocale

Activités :

– imiter le son que produit l’enfant tout de suite après

– produire un son que l’enfant a fait auparavant

– faire des chansons avec des bruits, des onomatopées

– imiter les bruits des objets (pendule, sonnette, voiture, téléphone, train,… )

– imiter les bruits des animaux

– avec des jeux du commerce : Tip top clap, Pouet pouet

  • Imitation verbale

Matériel : environnement

Activités :

– donner un objet en disant le nom puis augmenter le temps de latence avant de dire le mot : ceci marchera d’autant mieux si l’objet est aimé et que l’enfant est motivé pour l’obtenir

– demander d’imiter des sons, des syllabes…

– se saisir de tous les moments de jeux ou de la vie quotidienne pour s’exclamer « ooh… », « aah » et attendre l’imitation

– chanter avec l’enfant, laisser le temps s’il veut prendre la parole à son tour

– insister sur certains mots du quotidien : bonjour, au revoir, maman, papa

N’hésitez pas à laisser vos idées dans les commentaires